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Le blog de Anne-Laure L.

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Ce blog est un récapitulatif non exhaustif de mes articles en tant que journaliste sur des sujets aussi variés que la musique, la société, l'actu... Bonne lecture!


Selah Sue, Questions d'équilibre

Publié par Anne-Laure L. sur 18 Juin 2015, 23:54pm

Catégories : #chanson française

Selah Sue, Questions d'équilibre

Nouvel album, Reason

Quatre ans après son premier disque éponyme, au succès fracassant, qui empruntait des routes reggae, soul, hip hop, Selah Sue est revenue, au printemps, avec un deuxième album, Reason, aux accents éclectiques électro, trip hop, funk… La blonde Belge à l’impressionnant chignon paraît avoir réglé leur compte à ses quelques démons, sa dépression, et sa noirceur. Dans le même temps, elle ne s’empêche pas de toujours "danser avec sa mélancolie". Rencontre.

Son dernier disque, paru en mars dernier, s’intitule Reason, Raison. Selah Sue, reconnaissable entre mille, à ses yeux bleu-glacier, et son chignon de lumière, touffu et aérien, affirme du haut de ses 25 ans, avoir enfin atteint, l’âge de raison …". Soumise aux montagnes russes émotionnelles, Selah Sue a su, pour cet opus, reléguer lorsque nécessaire, ses sensations fortes au second plan. Exit les crises de larmes, de joie et de nerfs intempestives ! Elle raconte : "Suite au succès de mon premier album, je me suis retrouvé la boss d’une équipe de douze personnes ; je suis belle-mère des deux enfants de mon conjoint ; j’ai dû imposer mes opinions à des producteurs confirmés… Oui ! Je crois avoir désormais les pieds ancrés au sol".

Exorciser ses douleurs

Tout commence pourtant par le ventre, dans la douleur et la rage. Selah Sue a 15 ans. Dans sa chambre d’adolescente, elle transcende sa tristesse par l’écriture d’une poignée de chansons, en équilibre sur les cordes de sa guitare. "Si la musique exacerbe mes émotions les plus vives, la composition, elle, fonctionne comme un journal intime : une catharsis", dit la jeune femme.

De sa voix soul d’écorchée vive, rocailleuse, pleine de grains, Selah Sue chante ses œuvres dans l’intimité. Derrière la porte, une oreille écoute : "La copine de mon frère m’a demandé de venir chanter dans son bar. Dans le public, le chanteur Milow m’a repérée, puis proposé de partir en tournée avec lui. J’ai dû, en urgence étoffer mon répertoire, forger de nouveaux titres… Dès mon premier show, j’ai arrêté mes études de psychologie pour me consacrer à la musique."

Avec Selah, guidée sur les voies reggae, hip hop, soul, par ses idoles sacrées, Erykah Badu, Lauryn Hill, Sizzla ou Capleton, le destin paraît simple – prédisposition, route tracée. Un miracle, dit-elle. Il y a celui de sa voix d’abord, surgie brute, admirable, sans effort, non travaillée, ni standardisée. Celui d’oreilles surdouées, ensuite, qui captent toutes les chansons dans l’air, les mémorisent à vie. L’irruption d’une bonne étoile, enfin. Dès ses premiers pas sur scène, tout s’enchaîne. Adoubée par le chanteur de Minneapolis, Prince himself, qui dit d’elle qu’elle "respire la musique", protégée par Cee-Loo Green et Meshell Ndegeocello, elle sort son premier disque éponyme en 2011, dont le tube planétaire Raggamuffin.

Un million d’exemplaires vendus au monde, une tournée de deux ans et demi : le succès s’impose, aussi soudain que retentissant. "Tout est arrivé naturellement, sans me battre, pour réaliser ce que j’aimais, dit-elle. Fondamentalement paresseuse, je n’aime pas m’acharner, ni bosser d’arrache-pied. Tant mieux !"

Un gain de stabilité

Ce succès phénoménal, Selah l’aborde la tête froide : "Il ne m’a pas rendue plus heureuse. Mais grâce à lui, j’ai pu sortir des disques, voyager, rencontrer mon amoureux… Bref ! Donner un sens à ma vie !"Si son premier disque exorcisait les tourmentes d’une dépression sévère sur des rythmes groovy, ce nouvel opus la voit, à coup sûr, plus apaisée.

Davantage que sur le précédent, la pétillante blonde, au chignon qui s’aplatit ou gonfle, au baromètre de son humeur, "n’ignore pas sa mélancolie, mais danse avec elle". Un clair-obscur qu’elle illumine de son regard azur : "J’ai gagné en stabilité ; je vais mieux. Plus heureuse, certes, je traverse pourtant des phases sombres. La société, la publicité, les médias imposent ce diktat de la bonne humeur permanente. Mais la vie ne saurait être ainsi. Chacun connaît des douleurs intenses, ses propres tristesses… Moi, je les assume". Et les transcende aussi.


Dans un joyeux élan de création, Selah Sue compose donc, pour son deuxième disque, un bouquet de chansons, sans jamais s’appesantir : pas plus d’une journée par titre, pour en concevoir l’ossature. La demoiselle aime les fulgurances, les évidences. Vives, ses créations sont ensuite soumises à d’éminents coloristes, dans des studios à Londres, en Jamaïque et à Los Angeles : deux producteurs, le Danois Robin Hannibal (Little Dragon, Kendrick Lamar) et le Suédois Ludwig Göransson (HAIM ; Childish Gambin). "Le premier était plus organique, le second plus électro. Mes deux facettes!", dit-elle.

Sur l’éclectique Reason, elle mélange les styles, jongle en un zapping assumé, du trip-hop à l’électro-soul, du jazz au funk : un patchwork sonore ! Et puis, parfois, elle revient à nu, au squelette. Ainsi organise-t-elle des concerts sauvages, guitare (ou piano)/voix à l’improviste dans les gares ou les halls d’aéroport (Paris, Bruxelles…) : "J’aime susciter des réactions spontanées de public sans préjugés", explique-t-elle.

La méditation et le silence

Dans son disque, Selah se livre. Elle parle d’amour, bien sûr, mais aussi de l’acception de sa personnalité, de la voie de chacun. Dans Alone, elle chante la mort de Whitney Houston. Une coïncidence, dit-elle, car elle fut plus meurtrie par le drame d’Amy Winehouse, à qui certains la comparèrent : "Si tu n’es pas stable, lorsque les spotlights se braquent sur toi, c’est dangereux, dit-elle.J’ai fait ma dépression à 17 ans, avant le succès. Ouf !"

Sur Reason, elle rend aussi hommage à son père, son mentor professionnel, alors qu’elle honorait sa mère, mentor émotionnel, sur le premier. Deux piliers… Dans la vraie vie, Selah Sue se nomme Sanne Putseys. "Trop imprononçable, dit-elle. Je voulais un nom qui sonne partout !" Elle choisit Selah, d’après une chanson de Lauryn Hill, qui signifie "éloge et méditations". A la méditation, Selah s’adonne d’ailleurs : "Ça m’apporte beaucoup de tranquillité. Je mets mes oreilles au repos, sans musique. Je n’entends plus rien, je ferme les yeux, et me concentre sur ma respiration. Juste ma respiration…" Un silence d’où jaillit très certainement, sa propre musique.

Selah Sue Reason (Because) 2015
Site officiel de Selah Sue
Page Facebook de Selah
Sue

Anne-Laure Lemancel, pour RFI Musique

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