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Le blog de Anne-Laure L.

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Ce blog est un récapitulatif non exhaustif de mes articles en tant que journaliste sur des sujets aussi variés que la musique, la société, l'actu... Bonne lecture!


La Boîte Magique de Francis Bebey

Publié par Anne-Laure L. sur 21 Décembre 2015, 23:37pm

Catégories : #musiques des mondes

La Boîte Magique de Francis Bebey
Bebey
Bebey

La Boîte Magique de Francis Bebey

Les sortilèges d’Africolor

Vendredi 18 décembre, salle Jacques-Brel à Pantin, La Boîte Magique de Francis Bebey, création du festival Africolor, mis en mots par le duo de l’Afrique Enchantée, Vlad et Solo, arrangé et orchestré par Christophe Cagnolari, ressuscitait l’esprit du Maître : un concert-documentaire, qui explorait les 1000 facettes de cet aventurier musical camerounais, de ce magicien génial et visionnaire. Récit.

Sur les planches, devant une carte de l’Afrique, trône, un imposant poste de radio vintage – boîte à histoires, boîte à contes et à palabres, "boîte magique" d’où surgiront, ce soir-là, l’esprit et la musique de Maître Francis Bebey. Aux commandes de la machine, deux ambianceurs se branchent, deux voix issues des ondes de France Inter, deux visages de l’Afrique Enchantée : sous l’impulsion du festival Africolor, Soro Solo et Vladimir Cagnolari, prêtent parole à l’épopée Bebey, déroulent avec humour et pédagogie, les chapitres d’une vie d’aventurier, les 1000 facettes de ce pionnier camerounais, musicien, écrivain et homme de radio, disparu en 2001.

Aux balbutiements de ce concert-documentaire, salle Jacques-Brel à Pantin, la "boîte magique" se fait courbe, six cordes sur le cœur. De son ventre naissent des notes ourlées, quelques étoiles. Dans la pénombre inaugurale, le guitariste Florian de Junneman, laisse courir ses doigts sur Black Tears, les "larmes noires" de Bebey : un murmure de dentelle, aux contrepoints subtils, qui rappelle l’une des innombrables vies du génie, celle de concertiste classique.

Voici le sort jeté ! À la cérémonie, le "grand ancêtre" s’invite. Sous les mots introductifs de Vlad et Solo, il redevient gosse, squatte les bancs de l’école, prend corps dans la voix solaire, et les gros yeux malicieux de Ze Jam Afane, qui incarne avec gourmandise Si les Gaulois avaient su… Le conteur-slameur se frotte aussi avec jubilation au truculent Agatha, tube de la soirée, et à la satire drôlissime de Bebey sur les touristes. Dans la salle, toutes les générations entonnent en chœur : "On les aime bien, on les aime bien, quand ils sont là, on est contents ! (…)" Chaque chanson ouvre ainsi la piste à bien des histoires…

Des jungles végétales et urbaines

Et puis, cette "boîte magique" se fait à peine plus grande qu’une boîte d’allumettes en bois, hérissée de lamelles. On l’appelle sanza, marimba, ou likembe. De cet instrument-trésor, exhumé notamment par Bebey, Solo conte la genèse : "Un jour, Dieu, qui s’ennuyait, inventa la sanza pour se divertir. C’est ainsi qu’il créa le monde : une note pour le soleil, une autre pour la terre. Ah zut, une fausse note, c’est l’homme…"

Pour faire chanter ce "piano à pouce", d’où naquirent village et continent, l’humble et discret Patrick Bebey, fils de son père, distille, comme au piano, au chant, ou aux anecdotes sur le home studio parisien de Francis, sa douceur et sa présence émue. Autour de son instrument s’enroulent des flûtes pygmées, des polyphonies en bouteilles de bière. La musique se pare d’allures végétales, teintes vertes obscures, havre de chants d’oiseaux, branchages touffus. Et puis la jungle devient urbaine, électrique, de béton dense.

Au milieu des immeubles, sonnent les enseignements sages de ceux que l’on appelait "va-nu-pieds", "sauvages", les Pygmées – c’est Coffee Cola Song. Des titres convoquent encore d’autres visages : leStabat Mater, porté par la chanteuse Rhym Amish, qui rappelle la passion de Bebey pour la musique classique – Bach, Haendel – transmise par son père, pasteur ; ou encore une chanson d’amour, forgée dans la voix sensible de Ballou Canta, côté cœur.

Toute sa vie est une chanson


Le show s’achève sur le funky Crocodile, un quasi final flamboyant qui unit, sous la baguette du chef d’orchestre et arrangeur Christophe Cagnolari, tous les talents ès-groove des musiciens et chanteurs, devant un parterre conquis. Ce concert, en feu d’artifice, révélait toutes les couleurs chatoyantes de Francis Bebey, auxquelles il manquait peut-être, ce soir-là, quelques nuances, celles de l’émotion.

Quand soudain, sur l’assise ronde de la contrebasse d’orfèvre de Frédéric Chiffoleau, elle s’avance, à pas de velours, se pose sur les cordes, ondule, liane élégante…Sous l’œil tendre de son frère, juste à ses côtés, Kidi Bebey, déclame un texte précieux de son père. Dans cette salle pleine de ferveur, sur cette"terre faite de rythmes", ses mots résonnent graves et généreux : "Toute ma vie est une chanson, que je chante pour dire que je vous aime. Toute ma vie est une chanson, que je donne au monde entier". Là-haut, Francis Bebey éclaire ses enfants… Tous ses enfants.

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Trois questions à Soro Solo, producteur d'émission sur France Inter (L’Afrique Enchantée, L’Afrique en Solo)

RFI Musique : Que symbolise Francis Bebey pour le continent africain ?
Sor
o Solo : Il est l’un de ceux qui ont permis aux Africains de se réapproprier leur culture. Lui comme moi appartenons à ces générations amenées par un lavage de cerveau incroyable, à haïr leur patrimoine, à le considérer comme des valeurs de "sauvage". Depuis la France, il a mis en vitrine des instruments traditionnels bannis des sons modernes (sanza, etc.), des musiques méprisées, telles celles des pygmées… pour les replacer dans une démarche urbaine, contemporaine. Loin de toute attitude folklorique ou intellectuelle, il a prouvé que ces sonorités vivaient encore, qu’elles avaient leur place au sein des musiques dites "savantes", qu’elles n’avaient rien à envier aux œuvres occidentales. Dans les traces de ce grand monsieur, musicien auteur et homme de radio, moi et tant d’autres ajustons chaque jour nos tirs d’arc. Il a laissé un patrimoine, un héritage énorme.

Parfois surnommé le "Brassens africain", il usait d’énormément d’humour. Est-ce une démarche pertinente ?
Comme Brassens, il aimait raconter des histoires, sa société, avec une plume et sa guitare. Son humour, présent dans ses chansons et ses livres, a permis ce recul, offert cette possibilité de se moquer, avec tendresse, de ses propres erreurs. Les titres Agatha ou On les aime bien, par exemple, dénoncent les rapports avec les colons en un rire qui éloigne toute tentation de haine réchauffée, de culpabilité trop cruelle.

En quoi reste-t-il actuel ?
Ce pionnier, l’un des premiers à utiliser un home studio, se projetait dans le futur. Jusqu’au posthumeLa Boîte Magique, la plupart de ses disques sonnaient comme de la science-fiction ! Et puis, évoquant les problèmes de son continent, il parlait surtout d’humanité. Pour moi, Bebey, c’est le mariage possible entre l’Afrique et le monde.

Site officiel du festival Africolor

RFI MUSIQUE

La chanson la plus célèbre de Bebey :)

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