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Le blog de Anne-Laure L.

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Ce blog est un récapitulatif non exhaustif de mes articles en tant que journaliste sur des sujets aussi variés que la musique, la société, l'actu... Bonne lecture!


Les Mondes Féminins d'Ibrahim Maalouf

Publié par Anne-Laure L. sur 13 Octobre 2015, 00:11am

Catégories : #musiques des mondes

Les Mondes Féminins d'Ibrahim Maalouf

Prolifique et hyper créatif, le trompettiste Ibrahim Maalouf, sacré Victoire de la musique en 2014 pour son disqueIllusions, revient aujourd’hui avec deux albums, sortis simultanément : l’un, Kalthoum, acoustique, sacre la diva égyptienne ; l’autre, Red & Black Light, plus électro, rend hommage aux femmes d’aujourd’hui. Avec ces deux disques, à pile et face, la trompette de Maalouf voyage, en toute liberté, à travers des paysages hétéroclites et des figures féminines. Avec ses deux nouveaux opus, l’artiste poursuit aussi une introspection musicale entamée depuis ses débuts. Rencontre.

"L’exercice de l’interview m’oblige à analyser mes créations. En réalité, tout s’effectue de manière instinctive, spontanée." Face aux questions, le trompettiste Ibrahim Maalouf cherche ses mots : "Vous savez, ma langue maternelle, mon moyen d’expression, c’est la musique ! Aussi, bien avant de savoir parler, je chantais. Du coup, j’ai parfois du mal à poser du vocabulaire, des explications 'textuelles' sur mes notes, mes harmonies…", dit-il. Pour preuve de son "urgence à dire en musique", il sort ainsi deux disques en simultané, Kalthoum et Red & Black Light, l’un acoustique, l’autre plus électro, fruits d’une concordance des temps, qui donnent corps à ses milliers d’idées.

La figure tutélaire d’Oum Kalthoum

Au préalable de ses créations, pas de mots, ni de directions nettes, donc, mais la force d’images sans paroles, de souvenirs aux contours incertains…Planait pourtant, cette fois, sur ces errances, cette manne irrationnelle, la figure précise et tutélaire de la diva égyptienne, "cantatrice du peuple" Oum Kalthoum.

Il explique : "Sa voix a bercé mon enfance. Tous les soirs, mon père l’écoutait. Au-delà de mon histoire personnelle, elle incarne l’unité du peuple arabe, son histoire : un symbole fort, intimidant, qui m’obsédait. Il m’a fallu des années, et la rencontre des musiciens deWind(l’un de ses précédents opus, 2012, ndlr), tel le pianiste Frank Woeste, pour que j’ose affronter ce monument (…). Dans son répertoire, j’ai choisi Alf Leila wa Leila, ("Les Mille et une nuits"), une chanson d’une durée approximative d’une heure, comme nombre d’autres, puis j'en ai entrepris la traduction, en d’incessants aller-retour avec Frank, des mots de Kalthoum jusqu’à mes notes, de son univers jusqu’à la lueur du mien, jazz, occidental… J’ai adoré l’exercice !"

Les héroïnes d'aujourd'hui

En parallèle de ce fil relié à cette femme-totem, cette femme-mémoire, femme-histoire, Ibrahim forge, dans le second opus, Red & Black Light, des hommages électro, colorisés d’influences multiples, pour les héroïnes d’aujourd’hui, celles du quotidien, celles de sa famille, ses proches, qui dit-il, contrôlent, avec force, discrétion et intelligence, l’équilibre de son – et du – monde.

Parmi ses créations, l’une sacre ainsi l’"emblème des femmes d’aujourd’hui", selon lui, la diva Beyoncé, avec la reprise de Run The World (Girls). Le titre du disque ? Ibrahim explique : "J’avais en backgroundcette citation du Petit Prince : 'On ne voit bien qu'avec le cœur ; l'essentiel est invisible pour les yeux'.La lumière rouge dissimule ainsi les défauts du corps ; la lumière noire révèle les faux billets. Ces deux faisceaux illuminent la valeur des gens, leur beauté profonde. Par ailleurs, j’ai construit cet album sur des formules rythmiques alambiquées – des mesures à 19 ou 27 temps – qui, sous les filtres rouge et noir, peuvent devenir dansantes, accessibles. Deux visions, deux sensations !". Avec ses écritures mathématiques, Maalouf libère, en studio, ses musiciens de calculs ainsi posés : en moins de deux heures d’impro, des théories à leurs concrétisations, Red & Black Light impose ses fulgurances !

Ces approches féminines, cette sensibilité, finalement, Ibrahim les a toujours éprouvées. Il confie : "Il y quinze ans, j’ai failli arrêter la trompette, car je détestais l’approche machiste de l’instrument : claironnante, cuivrée, pleine de testostérone. Et puis, loin de ces fanfaronnades traditionnelles, j’ai capté toute la palette des sons possibles, de Miles à Chet, en passant par celui de la virtuose britannique Alison Balsom. J’assimile cette douceur revendiquée à une sorte de féminité".

Un disque, un voyage intérieur

Enfin, chaque disque constitue pour Ibrahim Maalouf, une introspection, l’occasion d’un voyage intérieur. A l’issue de ses trois œuvres fondatrices – Diasporas (2007), Diachronism (2009) etDiagnostic (2011) –, le trompettiste pensait avoir clos le chapitre d’une auto-analyse, pour voguer désormais vers d’autres horizons.

Erreur : "Je me suis fourvoyé ! La musique EST une thérapie, dont nul n’arrive au terme. C’est comme si un chercheur disait : 'J’ai enfin trouvé ce que je cherchais. Maintenant, je vais vendre des frites !'Non ! Plus j’ouvre des portes, plus le labyrinthe dévoile ses énigmes, son immensité… Et plus cela me passionne. Comme l’impression de jouer à un jeu vidéo, de franchir des niveaux, de triompher de monstres, d’en croiser de nouveaux… "


Sur ses chemins métaphysiques, Maalouf a aussi et surtout, rencontré le succès, concrétisé par une Victoire de la Musique (catégorie Musiques du Monde, 2014) pour son disque Illusions. Une reconnaissance qu’il savoure pleinement : "Il s’agit d’une belle distinction pour les instrumentistes, rarement consacrés. Je me souviens ainsi de mes débuts, où je jouais parfois devant des parterres déserts. Aujourd’hui, je me produis avec fierté dans des salles combles !"

Grand pédagogue, enseignant, issu de plusieurs lignées de professeurs de musique, Maalouf n’a jamais, non plus, oublié la générosité de la transmission. Toujours entre mille projets, insatiable curieux, touche-à-tout, Ibrahim le compositeur verra prochainement son nom au générique de trois films ; au rang de ses actualités, il cosigne, arrange et produit aussi le disque de Natacha Atlas, Myriam Road, à paraître le 25 octobre. "Toutes mes aventures s’éclairent mutuellement, se nourrissent, s’interpénètrent, poursuivent le même sens, le même fil…", conclut-il. Celui d’une vie en musique…

Ibrahim Maalouf Kalthoum / Red& Black Light (Mi’sterProd/Decca) 2015
Site officiel d'Ibrahim Maalouf
Page Facebook d'Ibrahim
Maalouf

ALL pour RFI Musique

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