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Le blog de Anne-Laure L.

Le blog de Anne-Laure L.

Ce blog est un récapitulatif non exhaustif de mes articles en tant que journaliste sur des sujets aussi variés que la musique, la société, l'actu... Bonne lecture!


Asa : le rêve de l’oiseau.

Publié par Anne-Laure L. sur 10 Septembre 2010, 17:56pm

Catégories : #musiques des mondes

 Après avoir sorti un 1er album éponyme en 2007, vendu à 300 000 exemplaires, le petit faucon nigérian revient avec un second opus, Beautiful Imperfection. A cette occasion, l’auteur des tubes Fire on the mountain et Jailer revient sur son enfance solitaire à Lagos, ses rêves, ses doutes, ses questionnements, son bonheur actuel, et son désir de le danser ! Pas de doute : Asa groove !

 

 

http://i849.photobucket.com/albums/ab55/loutcho/00-asa-beautiful_imperfection-web-2010-cover.jpgPeux-tu nous raconter ton enfance à Lagos ?/ J’étais la deuxième d’une fratrie de quatre enfants, la seule fille. J’ai passé mon enfance à prendre soin de la maison, de mes frères, à seconder ma mère. Je m’assurais que tout allait bien pour mes proches, je reléguais mes envies à l’arrière-plan. Je ne jouais jamais : une perte de temps dans mon agenda militaire. J’étais responsable, sérieuse. A l’école, j’étais la copine de tous, sans être l’amie de personne. Je redoutais d’accorder ma confiance, d’afficher la moindre émotion... Je n’ai jamais manqué d’amour ni de bien-être, mais j’essayais d’arrondir les angles, de rendre la vie meilleure autour de moi... Ca me blessait.

 

 

La musique constituait-elle ton échappatoire ?/C’était mon seul jouet. Dans la discothèque de mon père, un féru de musique, je me lovais dans un coin, et m’enveloppais de Fela Kuti, Diana Ross, Miriam Makeba... A chaque boom, j’étais la première sur la piste. Je squattais même les tours de danse de mes frères fatigués : impossible de perdre une miette de musique ! A 12 ans, je me suis autoproclamée chanteuse, leader et directrice de mon propre groupe. J’ai rameuté quelques gamins du quartier pour interpréter mes compositions : ils ont déserté ! Mais j’avais la foi. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours rêvé d’être musicienne. J’emballais un bout de bois de vieux vêtements – ma guitare –, et j’adoptais une bouteille pour tout micro : à mes pieds, un million de fans hurlaient mon nom. Je leur envoyais des baisers, tandis que, dans un coin, mes frères se marraient. J’étais la sœur gentiment tarée, celle qu’on ne prenait jamais au sérieux. Je m’en fichais.

 

D’où te vient ce surnom, Asa, qui signifie « faucon » en Yoruba ?/ Petite, si mes parents ne me tenaient pas serrée, je m’envolais. Je réagissais vite, j’étais toujours intriguée, en alerte. J’allais droit au but, jusqu’à ma proie. Un trait de caractère qui ne m’a jamais quittée!


A l’adolescence, tu désertes les bancs de la fac pour devenir chanteuse professionnelle... / J’ai détourné l’argent de mes études pour acheter une guitare et prendre des cours avec le saxophoniste Peter King, à Lagos. La tentation était trop grande : la musique me mènerait plus loin que l’université, dont l’inertie me pesait. Quand mon père l’a appris, il a coupé les vivres. J’ai enchaîné les petits boulots dans le chant, les tremplins, les concours... A cette époque, je fabriquais de petites chansons sur un seul accord. Sans relâche.


Comment s’est précisée ta relation à ta voix, et à ta guitare ?/ Ma voix grandit. Elle m’est familière, mais dès qu’elle sort, je découvre de nouveaux horizons. C’est comme une amie que j’apprends à connaître au fil du temps, avec toutes ses surprises. Ma guitare me ramène toujours vers mon identité, la véritable Asa. Elle me donne du groove et des mots : mon espace et ma patrie.

 

En 2004, tu remportes une bourse de l’AFAA*, et tu pars vivre quelques mois à Paris. Que t’a apporté la capitale française, ville où tu es née ?/ Durant mon enfance, j’ai beaucoup fantasmé Paris. Quelle aurait été ma vie, si mes parents ne l’avaient pas quittée ? Au Nigeria, il y a de l’espoir, des vibrations, et de l’émotion au kilo, mais tout y est si difficile ! Rien n’est pensé pour te faciliter la tâche, tu dois travailler dix fois plus qu’ici...  Lorsque je suis arrivée en France, la solitude m’a pesé. Mais c’était un pas de plus : la cité cosmopolite m’apportait le monde sur un plateau, une diversité culturelle qui nourrissait ma musique.

 

Ton premier album éponyme, paru en 2007, s’est vendu à 300 000 exemplaires, et a remporté le prix Constantin en 2008. Comment as-tu évolué depuis ce succès ?/ Je n’ai pas changé, mais j’ai grandi : je voyage plus léger, je lâche prise. Je prends le temps d’avoir des amis, d’être une femme ! Je commence tout juste à vivre, à m’épanouir, sans crainte du lendemain.

 

http://medias.2kmusic.com/uploads/2010/09/16/img-1284646257-2fd62212caa1191324cb308a8fca6172.jpg

 

Pourquoi as-tu composé ce dernier album, Beautiful Imperfection, à Lagos ?/ Après une tournée dans d’innombrables pays, j’éprouvais ce besoin de rentrer à la maison. Je ne me sens jamais plus moi-même que lorsque je suis à Lagos. Là sont mes racines, parfois dissolues. Au Nigeria, je me retrouve.

Dans quel état d’esprit l’as-tu écrit ?/C’était extrêmement stressant ! S’il y avait beaucoup de plaisirs et très peu d’impératifs, une somme de questions me tiraillait : qu’est-ce que je veux vraiment faire ? Qu’est-ce que les gens attendent de moi ? J’avais cette pression. Mais très vite, j’ai ouvert mon esprit pour accepter la musique : ne pas en faire trop, ne pas en faire trop peu, trouver le juste équilibre...

 

Peux-tu expliquer ton titre-paradoxe, Beautiful Imperfection ?/ J’ai commencé par moi-même. Je me suis dit : tu es une créature de Dieu, tu as été créée si joliment, mais acceptes-tu d’être imparfaite ? Si tu l’admets, tu peux être celle que tu veux : ça te permet de t’élever. La vie alterne les hauts et les bas. Parfois, tout semble aller pour le mieux, jusqu’à ce que tout s’écroule. Si tu as conscience de cela, tu peux accepter les changements. J’ai de toute façon l’impression que Dieu se marre, là-haut, quand tu planifies trop ta vie. Et c’est le même phénomène pour le monde : injuste, cruel, imparfait... mais résolument beau !

 

En Anglais et en Yoruba, tes textes racontent tes doutes, tes errances, tes amours, tes peurs... Cet album est-il autobiographique ?/ Il s’agit plutôt d’un état d’esprit : les humeurs d’Asa. A un moment, j’ai laissé filer, sans retenir mes sentiments. J’ai essayé de capturer une journée dans une vie, son émotion, sans invention ni retouche : au plus proche de ce que je suis.

 

Te sens-tu engagée d’une certaine façon ?/ Je peux chanter sans être engagée, mais je ne peux l’éviter. Je suis impliquée sans être une combattante. Quand je dis « engagée », cela signifie que je suis « ici », dans mon pays, que j’appartiens à des gens, à mes chansons, à mon art. En ce sens, je le suis profondément !

 

Ton album passe par de nombreuses esthétiques : du rock sixties, du reggae, des ballades... On y sent surtout une envie furieuse de groove et de danse... /Avant de le composer, j’avais ce besoin d’être heureuse, et de le danser ! Je n’ai aucun regret, je suis reconnaissante pour ma vie, pour ma santé... Mon premier disque était assez sombre. Là, j’ouvre les fenêtres en pleine conscience : je rigole, je savoure le bonheur. Let’s dance !

 


 

Quel message voulais-tu faire passer ? De quoi rêves-tu ? / Dans chaque vie, il y a une certaine dose de fatalité : tu nais à tel endroit, tu te diriges vers tel autre... Tu évolues dans une case, et pourtant, je pense que nul n’est prisonnier. Quand tu as un rêve, enfant, et que tout le monde rigole quand tu l’évoques, tu t’éloignes la tête basse. Quand j’étais petite, personne ne voyait le rêve comme je le voyais. Et maintenant, je veux servir d’exemple comme l’ont fait les aînés qui m’ont encouragée : Richard Bona, Angélique Kidjo et plus récemment Yannick Noah... Mais je crains pour les plus jeunes, que berce la seule illusion de l’argent et du matérialisme. Lorsque j’observe mes petits frères, j’ai l’impression d’appartenir à la dernière génération encore capable de créer ses propres utopies.

 

Anne-Laure Lemancel

*AFAA : Association Française d’Action Artistique

 

 Pour Mondomix, en septembre 2010 et pour Rue 89

 

 

 

 

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