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Le blog de Anne-Laure L.

Le blog de Anne-Laure L.

Ce blog est un récapitulatif non exhaustif de mes articles en tant que journaliste sur des sujets aussi variés que la musique, la société, l'actu... Bonne lecture!


Catherine Ringer : Danse avec la vie

Publié par Anne-Laure L. sur 11 Août 2011, 11:48am

Catégories : #chanson française

 

 

En Novembre 2007, son double s’éteignait des suites d’un cancer foudroyant : Fred Chichin, moitié des Rita Mitsouko, laissait Catherine Ringer, son épouse, l’autre part du duo, seule et sans musique. Après avoir continué vaille que vaille la tournée, la diva punk s’est retrouvée sans voix. Avec l’aide salutaire de son ami, le producteur Mark Plati, elle a pourtant sorti en avril dernier un beau premier album, Ring n’Roll, objet épineux et lyrique, qui convie des émotions hétéroclites, à fleur de peau... pas tout à fait Rita, 100% Catherine !


En interview, La Ringer, d’une haute élégance, se révèle une vraie tornade, pas sage mais appliquée à bien répondre, philosophique et extravagante, avec des phrases qui courent plus vite que sa pensée, un rire tonitruant, et un souvenir intact qui l’accompagne : celui de Fred.

 

Catherine_Ringer_RingNRoll.jpg


(Autour de moi, Catherine Ringer s’agite frénétiquement)


Vous cherchez quoi ?
Mon papier à rouler...


Je peux commencer à vous parler ?
Allons !


Comment se passent vos concerts depuis la sortie de votre album, Ring n’Roll, en avril dernier ?/ Il y a de la part du public un intérêt bienveillant qui, je crois, se comble par une agréable surprise. Nous sommes heureux de nous retrouver malgré l’absence de Fred. C’est à la fois émouvant et fort, musicalement : j’ai un bon orchestre, un nouveau clavier, un nouveau guitariste (son fils Raoul Chichin, ndlr), qui m’apportent un vent de fraîcheur.


Vous parvenez toujours à incarner vos chansons ?/Ca va et vient au niveau de l’émotion que provoque une chanson : cette vibration que je ressens et que je retransmets aux spectateurs. Certains titres, nouveaux ou anciens, ne me font plus d’effet à un certain moment, alors je les mets de côté. D’autres nécessitent une révision, comme un moteur : on élague, on rajoute, on huile, elles roulent. C’est comme la vie... vous adorez la morue-purée, vous en mangez comme un fou pendant une période, puis vous vous lassez, mais ça ne veut pas dire que vous n’aimez plus ça. Le choix des chansons, c’est ainsi, physiologique. Mais je m’étale. Vous voulez des réponses courtes ou longues ? Coupez-moi si ce n’est pas bien... Suivante ?


A la disparition de Fred Chichin, aviez-vous dans l’idée de poursuivre ce chemin, seule dans le miroir ?/ Je savais que j’allais continuer, car c’est mon métier. Mais je ne voulais pas livrer un disque coûte que coûte : je souhaitais qu’il soit bien ! Et ça s’est produit « with a little help from my friends », comme disent les Beatles. Lors d’un break de trois semaines au cœur d’une tournée, Mark Plati (le producteur de Variety, dernier album des Rita, ndlr), m’a proposé de s’installer chez moi, pour faire mon deuil en musique. On a improvisé, bricolé, enregistré dans mon studio, j’ai suivi mon cœur et mon pote, les muses sont venues. De ces cessions, six chansons sont sorties, bien agencées, bien balancées, incomplètes, mais elles (me) plaisaient. On a procédé par couches : d’abord les murs, en fonction de l’ensoleillement, puis les portes, les fenêtres... et tout ça de façon anarchique : avec des bribes de textes, d’harmonies, de mélodies ! Une fois 80% du gros œuvre achevé, je me suis recluse pour fignoler, arranger. Pour la première fois, j’ai fait les choses seules, jusqu’au bout.


Etes-vous contente du résultat ?/ Oui, très. Il sonne ! Je crois que Fred serait fier... Durant toute la réalisation, sa présence intérieure m’aidait, me guidait, avec sa façon excellente d’organiser les choses et son savoir-faire pour qu’elles ne restent pas au stade du « vouloir-faire ». En ce sens, j’ai eu une chance inouïe de le rencontrer : c’était quelqu’un de fantasque, de rêveur, un fan de science-fiction, et en même temps, il adorait la réalité, il aimait faire la cuisine, et que les utopies les plus folles prennent corps... Il m’a appris à discipliner mon imaginaire, à le rendre concret. Sinon, on peut passer de supers moments avec sa pipe à opium à rêver, et il ne reste rien.


Que signifie Ring n’Roll ?/ Le Ring, c’est Ringer, c’est l’anneau, c’est la forme féminine, le rond, la sonnerie, le zéro, le cercle, l’éternel recommencement. Le roll, c’est le côté ternaire du rock.

 

 

 

 


Vous ouvrez et finissez votre disque sur deux chansons guillerettes (Vive L’Amour et Rendez-vous). Une ode à la vie ?/ C’est la Méthode Coué. Les lamentations, les râles permanents sont toxiques... J’ai donc préféré débuter le disque sur cette jeune fille en fleur, une vision qui met du baume au cœur. Et puis, il y a ce complexe du survivant lorsqu’on est une association : a-t-on le droit d’être heureux ? Pourquoi est-il parti ? Pourquoi je reste ? Autant de questionnements pénibles et difficiles à surmonter... Pour moi, faire corps avec la vie, avec l’énergie vitale, c’était avant tout rendre hommage au défunt.


Dans ce disque infiniment personnel, vous jouez avec les contrastes, la matière, les couleurs.../
Oui, je voulais un son concret, des vibrations, des teintes... qui reflètent toutes les aspérités de mon âme.


On ressent aussi une forte envie de danser, notamment dans les titres en anglais ?/ Pour moi, la danse, cette activité humaine mystique, nous fait rentrer en unisson avec le reste de l’univers, avec la pesanteur, avec le ciel et la largeur de la pièce, même si on se cogne... C’est le mouvement dans la communion, la communion avec la musique.


Dans le formidable Mahler, une déclaration d’amour éternelle à Fred sur l’Adagietto de la Symphonie n˚5 de Mahler, votre chant rappelle aussi que vous auriez pu être cantatrice classique.../Ah, vous l’aimez, vraiment ? J’ai eu très peur de déformer cette œuvre immense, par mes boucles, mes coupes, pour en faire un format chanson. Cela peut paraître prétentieux, mais je suis ravie de ce titre, qui parle de l’absence comme d’une infinie présence... Alors, oui, l’Opéra de Paris m’avait, à l’époque, proposé un poste, mais j’ai décliné pour faire du rock et continuer à fumer. Même émotionnellement : il y a des jours, où je sors une voix classique pure, cristalline, mais parfois mon chant résonne crade, patiné, avec du grain... Quand j’ai vu La Callas se faire descendre la gueule pour deux couacs, je me suis dit : pour moi, jamais ça !


Votre voix est-elle ce qui vous représente le mieux ?/Non, car je ne fais pas partie des religions du livre : je ne me sens pas une âme dans un corps... Ma voix ne me REPRESENTE pas, c’est MOI, sous une forme vibratoire.


Vous avez repris goût à la vie, en reprenant goût à la voix ?/ Comme dit un adage napolitain : « Qui ne chante pas, ne va pas bien ». Je n’ai jamais arrêté la scène, mais je n’avais plus envie de chanter « gratuitement », en faisant la vaisselle ou en balade... Même écouter de la musique me fatiguait : tout était trop relié au passé. J’avais perdu la saveur. Aujourd’hui, je ne chante pas encore à tue-tête, mais ma discipline de travail fait qu’au bout d’un moment, je fredonne allègrement : c’est l’héritage de Fred, et puis l’expérience.


Anne-Laure Lemance, pour Evene

Catherine Ringer Ring N’Roll (Because)

 

 

 

 






 







 

 

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