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Le blog de Anne-Laure L.

Le blog de Anne-Laure L.

Ce blog est un récapitulatif non exhaustif de mes articles en tant que journaliste sur des sujets aussi variés que la musique, la société, l'actu... Bonne lecture!


Chucho Valdés: A Pas de Géant

Publié par Anne-Laure L. sur 27 Juin 2010, 18:10pm

Catégories : #jazz


Avec son dernier album Chucho’s Steps, le pianiste Chucho Valdés, maître du jazz cubain, emboîte le pas à Coltrane, pour révolutionner les règles musicales. En toute latinité.


 

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/7/2/0/0794881976027.jpgPresque deux mètres de musicalité, et des mains colossales qui renferment tous les secrets de la virtuosité pianistique... sur son dernier album Chucho’s Steps, le prodigieux Cubain Chucho Valdés, fils de Bebo, adresse la prolixité géniale de son discours, à un autre géant : Coltrane. Ici, la référence explicite à Giant Steps, standard mythique du Maître John, qui en son temps brisa les carcans vers de nouveaux horizons harmoniques et rythmiques, sonne comme un désir de révolution, pas en avant, quête régénérée. Mais là où le légendaire saxophoniste tissait son casse-tête formel, tremplin hypnotique vers toutes les improvisations, en 16 mesures, le fondateur d’Irakere l’élabore en 50. Un défi, une audace nécessaire, qui parcourt les sillons de ce disque, nourri au sol d’une tradition fertile. Car pour s’émanciper du déjà-entendu, Chucho puise dans l’Histoire, et ses amitiés : un clin d’œil à Cole Porter et Georges Gershwin (Begin To Be Good), un hommage swingué à la famille Marsalis (New Orleans), comme une ouverture offerte à feu-Joe Zawinul (Zawinul’s Mambo), dont Chucho salue les apports, possibilités d’ouvertures géographiques, et mathématiques : « Il a repoussé mes frontières, m’a révélé comment mêler les polyrythmies afro-cubaines aux structures occidentales, élaborer de savantes architectures rythmiques... » Et dans cette relecture quasi orchestrale de l’épopée du jazz, Valdés latinise tout, trempe ses thèmes dans un verre de mojito, marie blue note, danzónet cha cha cha... Une signature qui ne saurait le résumer : malgré son titre Las Dos Caras, le pianiste offre bien plus de deux visages. Plutôt une multiplicité déclinée à l’infinie, dans ses boucles enrichies, ses jeux de construction-jeux de piste, patterns rythmiques – toute une tempête, incarnée par l’orixa féminin Yansá (Yansá), dont l’artiste santero transmet le souffle spirituel et dévastateur.

 



 

La force, l’intellect, l’émotion/Deux faces, s’il y’en a, restent pourtant celles de l’extrême contrainte, et d’une sublime liberté. Car Chucho bosse. Ecrit. Construit. Travaille ses thèmes, invente leurs couleurs, leur organisation rythmique, leur noyau, pour ensuite laisser libre court à l’improvisation, à l’esprit sans entrave, aux chemins de traverse, à la sophistication d’une communication complexe mais décomplexée, dépendante de son seul biorythme, et de l’alchimie d’une musique née de l’instant. Une seule formule : « Tu ne penses pas, tu joues ». Mais pour jouer, il faut avoir pensé, dans l’idéal de ce triptyque énoncé par le pianiste Horace Silver : la force, l’intellect et l’émotion. Car là, seulement, tu t’envoles – un grand pas, un bond, qui symbolise à lui seul l’esprit du jazz, art toujours neuf car anthropophage, qui selon Chucho Valdès, reste « la liberté faite musique ».

 

Chucho’s Steps (World Village/Harmonia Mundi)

 

Anne-Laure Lemancel

 

Pour Mondomix,

 

 

 

 

 

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