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Le blog de Anne-Laure L.

Le blog de Anne-Laure L.

Ce blog est un récapitulatif non exhaustif de mes articles en tant que journaliste sur des sujets aussi variés que la musique, la société, l'actu... Bonne lecture!


Claise M’Passi : la vie dansée

Publié par Anne-Laure L. sur 11 Décembre 2009, 16:42pm

Catégories : #danse


Danseur de hip-hop, chorégraphe et producteur de rap, Claise M’Passi, albertivillarien depuis sept ans, décline sa vie sur les vibes qui l’ont vu grandir, entre direction de compagnies et vœu de transmission.

 

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Banlieues parisiennes, début des années 1980 – le hip-hop en France faisait ses premiers pas. Dans les halls d’immeuble, sur les quais de gare, au soleil des cités… la street-dance prend ses quartiers. Un tournoiement extatique, des breaks, des figures, qui manifestent la révolte et apprivoisent le bitume. Dans une chambre de cité à Trappes (78), Richard M’Passi, 17 ans, s’apprête à sortir. Sapé, il esquisse deux pas de danse funk. Dans un coin, une paire d’yeux brille d’admiration : Claise, son petit frère de huit ans, éprouve un « déclic de fou ». Dès ce jour, ses pieds assoiffés ne cessent de réclamer du beat, son corps cette libération qui transcende la timidité. Avec les aînés, dans la cité, il danse. A l’école, durant les récréations, il se réfugie dans les toilettes, et danse. A 17h00, lorsque la permission de sortie s’achève, il scrute les danseurs de sa fenêtre. Respire aux rythmes de leurs pas, s’imprime de leurs breaks, de leurs tempos, pour forger un vocabulaire propre. Loin des gamins de son âge, il fait ses gammes dans les soirées, multiplie les « battles », sacrés moments d’émulation. Il développe ainsi sa technique, et parcourt les territoires de la planète hip-hop : graff, rap, deejaying… A l’école, une seule obsession, celle de devenir chorégraphe, le convainc de l’inutilité des leçons. Mais il fait siennes les valeurs de la Zulu Nation, aux sources du hip-hop : « Peace, Love, Unity and Having Fun ». A la maison, les six enfants – quatre garçons, deux filles – se déhanchent en cœur. Deux membres de la fratrie intègrent d’ailleurs l’excellente compagnie Black Blanc Beur. Une vibe contagieuse, que le père ne voit pas d’un bon œil. Alors, pour contrer la malédiction, il serre la vis au petit dernier, Claise. L’envoie à l’Internat, puis chez les prêtres. Rien n’y fait. A situation dramatique, mesure radicale : le virus isole Claise dans son pays d’origine. Direction le Congo ! Là encore, il fait feu de tout art. Mixe sa gestuelle avec les danses traditionnelles. Un pas supplémentaire vers sa signature.

 

 

 

 

 

De retour en France, il donne ses premiers cours à 17 ans et balbutie ses chorégraphies. Son style inspiré de « danse debout » s’imprègne de « smurf » (vague), de « pop » (mouvements robotiques), lorgne du côté des arts martiaux et des magiques mangas. En grand défricheur de terrains vierges, il fonde une compagnie de danse strictement féminine, Azaria, qui colore son jazz-rock d’une « respiration africaine ». Sélectionnées par le Dance Delight, ses filles s’envolent pour le Japon où elles remportent un « prix spécial ». Parmi elles, Miss Leï combine sa passion pour la danse avec un amour du flow : elle rappe comme personne sur des ambiances groovy, et sera produite sur le label de Claise, « Artistes Hip Hop ». Mais ce qui tient surtout au cœur du danseur, rappeur, chorégraphe et producteur, reste la transmission de sa passion, cet héritage de sueur, de combats et de vécu. Depuis trois ans, il a fondé l’école de danse HEMAN à Neuilly-Plaisance, assortie d’un vaste studio d’enregistrement/tournages de clip. Dans son quotidien, cet Albertivillarien d’adoption ne manifeste qu’un seul regret : ne pas avoir pu monter de structure similaire dans la ville où il réside depuis sept ans. Y règne pourtant, selon lui, un « énorme potentiel », pour s’envoler au-delà des murs des cités. Un miracle rendu possible par la danse, ce feu, qu’il continue, inlassable, de propager.  


Anne-Laure Lemancel, pour Auber'Mensuel

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