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Le blog de Anne-Laure L.

Le blog de Anne-Laure L.

Ce blog est un récapitulatif non exhaustif de mes articles en tant que journaliste sur des sujets aussi variés que la musique, la société, l'actu... Bonne lecture!


Entretien avec Andy Emler

Publié par Anne-Laure L. sur 10 Mai 2008, 16:51pm

Catégories : #jazz

 


Retour à la source : pourquoi  avoir consacré  votre vie à la musique ?
Les rencontres décident d’une vocation. Dans mon cas, ce fut celle d’un professeur, grande dame de la musique française, héritière des nobles familles d’organistes fondatrices de l’Ecole Niedermayer, qui accueillit Fauré, Saint-Saëns ou Roussel. De huit à dix-sept ans, je fréquentais ainsi des cours  empreints d’histoire de France, et auréolés des dédicaces de Ravel, Debussy, ou du général de Gaulle. A deux pianos, j’ai joué avec elle toutes les textes de Beethoven ou Mozart. Cette femme m’a transmis une flamme qui s’appelle « musique » avec une intelligence et une extraordinaire ouverture d’esprit. J’avais déjà, à l’intérieur, ce potentiel prêt à éclore ; elle l’a révélé. Bac en poche, j’ai intégré les cours d’écriture au CNSM, puis découvert, sur le tard, le jazz à travers la fusion.


Au cœur de votre art, comment l’improvisation y est-elle apparue ?
J’ai commencé à m’émanciper des partitions dans les groupes de rock de mon adolescence. Dès l’origine, pourtant, j’avais envie de liberté, et d’échapper au carcan de l’interprète. Au grand dam de mes parents, je n’avais aucune patience face au texte, et préférais, de la Lettre à Elise, donner une version bossa. Issue d’une tradition d’organistes rôdés à l’improvisation, ma prof s’amusait de ces initiatives lumineuses hors champ classique. Ce goût d’autres espaces ne m’a jamais quitté.


Vous vous situez donc à l’exacte lisière entre la musique savante européenne et le rock, vos deux influences?
Je m’inscris dans cette tradition « classique »à travers un sincère désir d’écriture. Je me distingue en cela de jazzmen qui écrivent  un thème de quatre notes, support à l’improvisation. En même temps, la démarche « intellectuelle » ne se distingue pas d’une attitude humaine et scénique spontanée, propre au rock’n roll. 


Vous satisfaites-vous du mot « jazz », qui vous caractérise ?
Pour moi, l’étiquette « jazz » reste une limite insupportable. Il y a vingt-cinq ans, sont apparues, avec György Ligeti ou Marius Constant, ces musiques à la fois contemporaines et lisibles d’un grand public, friandes de notions propres au jazz  et à la pop : énergie, groove, instinct, animalité. Elles ne disposent pourtant d’aucune identité ; le terme générique n’a pas encore été inventé. A défaut, le vocable « jazz » s’impose, juste parce qu’il y a « rythme » et « improvisation ».


Si le mot vous embarrasse, votre position « multi directionnelle»vous sied-elle ?
Cette place est extraordinaire : la meilleure ! Soit la liberté de gagner sa vie avec ses seules inventions. C’est passionnant lorsque je forme des musiciens classiques à l’improvisation, passionnant lorsque je fais chanter les élèves un dimanche matin en jouant les professeurs merles, ou lorsque je me  retrouve face à la feuille blanche en me demandant : « Qu’ai-je envie d’écrire ? ». Je voyage dans mille univers ! Pour mes projets, je peux choisir à l’envi les Percussions de Strasbourg, Michel Portal, Ballaké Sissoko, ou encore un slameur !  Je suis libre d’imaginer ce que je veux, à condition de conserver mon fil conducteur mental, de composer en toute sincérité,  et d’échapper aux recettes établies.


Du Mégaoctet, émane un rayonnement positif. A quoi tient-il ?
On ne fait pas de la musique pour se prendre la tête, mais pour (se) faire du bien. Pour atteindre l’art, on passe par des chemins humains, à mon  avis, essentiels : le bonheur de travailler ensemble. En tant que leader, j’arrange la musique, comme les problèmes. Je serre les boulons, tout en conservant la souplesse : si la liberté dérive vers l’inconnu, laissons-la vivre, et voyons où elle mène. Si elle ne prend pas le bon chemin, il est toujours temps de la réorienter. Générosité, grand cœur, diplomatie restent les ingrédients requis, ainsi qu’une confiance mutuelle. J’aime faire plaisir au spectateur, qu’il ressorte heureux de mes concerts. Même si notre musique sonne « moderne » ou « illisible », le public goûte l’émotion, à travers la complicité des musiciens, les regards, les sourires, les gags échangés. J’essaye de garder cette simplicité, autant que cette fraîcheur, ainsi que l’équilibre extraordinaire de ce triptyque – écriture, scène et transmission- qui comble ma vie.


Propos recueillis par Anne-Laure Lemancel (Pour La Terrasse, mai 2008)

 



EN OFF: Je pense qu'Andy Emler est un artiste qui n'est pas assez reconnu dans le monde du jazz, mais qui brille par son intelligence, son humanité...et bien sûr par sa musique. J'ai vu une fois le méga-octet en concert et c'est vraiment TRES TRES TRES bien. Je pense que c'est un musicien, qui réfléchit, qui est honnête et fait avancer les choses;

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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