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Le blog de Anne-Laure L.

Le blog de Anne-Laure L.

Ce blog est un récapitulatif non exhaustif de mes articles en tant que journaliste sur des sujets aussi variés que la musique, la société, l'actu... Bonne lecture!


Houria Aïchi, chimère aurésienne

Publié par Anne-Laure L. sur 10 Novembre 2008, 17:21pm

Catégories : #musiques des mondes


Avec le groupe strasbourgeois L’Hijâz’Car, la chanteuse algérienne Houria Aïchi ressuscite la légende des Cavaliers de l’Aurès, massif montagneux à l’est de l’Algérie. Une œuvre lumineuse, de texture et de métamorphose, qui change une réalité fantasmée en rêve partagé.

La musique, ou l’apparition de prodiges : ceux qui accréditent une quête de sens, un envol loin des matériels pour palper le mystère, susciter la mémoire et l’avenir, cristalliser une émotion vive. Un miracle eut lieu un soir d’été arlésien au musée d’art antique. Par-delà les pierres modelées de souvenirs, la chanteuse algérienne Houria Aïchi, accompagnée du groupe L’Hijâz’Car, convoquait les Cavaliers de l’Aurès – bruits des sabots, poussière, écume – pour une cavalcade imaginaire, transcendait des statues devenues de chair, pétrifiait l’auditoire d’un indivisible souffle. Une légende et un répertoire brûlants, portés par une « Janis Joplin » à la force tellurique ; et parce qu’elle pleurait, nous pleurions aussi.

L’alchimie échappe aux artistes et les sublime, lorsqu’une puissance divine traverse leurs corps réceptacles. Elle émane surtout d’un pertinent travail, tissé de respect et de bonheur, de joie, de regards qui, portés sur l’autre, ne relèguent pas, pour autant, leur propre lumière. Ainsi de la vision d’Houria qui ressort des vestiges du temps et de la mémoire collective la figure des hommes de sa culture, convie le jeu subtil, discret, puissant entre le cavalier et la dame, ressuscite la séduction opérée par la gestuelle, la poésie et le cheval. Ce fantasme qui la poursuit depuis la naissance, cet éblouissement éveillé s’imposent sur sa route. Le rêve ne vaut que s’il est partagé : l’artiste réclame un musicien qui l’accueille, l’emmène hors des musées, sur les chemins séculaires de la modernité ; une âme sœur pour passer l’imaginaire, sans trahir. L’inspiration visionnaire de la directrice artistique Martina A. Catella suggère la tête de L’Hijâz’Car, Grégory Dargent, pour parer le chant d’arrangements somptueux.

L'addition des énérgies

Doué d’une simplicité honnête, d’une humilité qui voit la musique comme « compagne à vivre» et non comme « autel sacralisé », le jeune homme reçoit les collectes sonores amassées par la sociologue Houria ; il en comprend l’utopie et l’enjeu engagé, avec une intelligence humaine, précise et généreuse : « Je ne saurais être mercenaire ; je m’implique dans la musique que j’écris. Innocent des Aurès, je me contentais de la voix d’Houria, me laissais guider par son ressenti, et cherchais à transmettre une tradition au travers de ses yeux, mêlés à ma perception. » « J’étais très émue de voir le regard émerveillé de Grégory, d’y lire un étonnement total », répond en échos Houria. « Mon rêve l’avait touché ; il retrouvait la part de mon paradis d’enfant. J’imagine qu’il possède l’énergie et la puissance des gens enracinés, comme mes cavaliers ». Interprétation frontale et sensible, donc : lorsqu’elle reçoit les arrangements, la surprise se hisse à la hauteur d’une attente candide et confiante, quand la succession des répétions apporte son lot d’émois ensoleillés. Un dialogue à trois voix s’instaure alors entre la chanteuse, le groupe et Martina, un échange qui apprivoise Houria au sein des garçons, recadre des rythmes parfois incohérents, freine Grégory dans ses envolées solitaires, concilie écriture, tradition vécue, et compréhension des textes : une approche de l’autre dans l’intimité et l’amour, perceptible déjà dans l’harmonie de L’Hijâz’Car, dont chaque membre trouve son excellente et juste place. « L’énergie s’additionne sur scène lorsque l’on s’aime », souligne Grégory «Le son de groupe provient de cette affection, présente à chaque instant du jeu. Nous repoussons toujours les limites de l’émotion. »

Voici donc les bras solides qui portent la chimère d’Houria, à la fois dame et cavaliers, puissance masculine du cheval, fronde, et délicatesse féminine. Une fusion magique, portée par leur charisme respectif, qui laisse, au-delà de la musicalité, éclore l’humanité et la beauté. A travers les protagonistes, la réalité devenue « rêve » vibre et s’écoule : universelle.

Anne-Laure Lemancel
Pour Mondomix (Nov-Déc 2008)


Les Cavaliers de l’Aurès Houria Aïchi et L’Hijâz’Car/ Accords Croisés

 

 

Une vidéo sur: http://houria_aichi.mondomix.com/fr/video4305.htm

EN OFF: Je me souviens de ce soir arlésien au Musée d'Art Antique. Toujours cette même énergie, à Arles...Nous défilions comme des pélerins à travers les vieilles pierres, avides de musique. Pendant le concert, j'étais transcendée, de ces fois où l'on se dit que ce p... de métier vaut puissamment la peine, et qu'il mérite les sacrifices accordés. De ces fois, toujours, où l'on se dit que la vie est belle, juste parce que l'art nous parle si fort. J'étais bouleversée d'émotion. Benji, mon super rédacteur en chef, m'a demandé pendant le concert si je voulais écrire un article sur la création. Bien sûr...bien sûr...
Rencontre avec Houria: Elle m'a juste fait tripper avec ses cavaliers. Un moment, mes rêves s'envolèrent dans les Aurès pour tomber amoureuse...ouais ouais!
Rencontre avec Grégory:J'ai kiffé son attitude face à la musique, humble, exigente.
Après parution: Benjamin m'appelle pour me "passer quelqu'un". C'était Houria Aïchi qui voulait me dire que mon papier l'avait énormément touchée, qu'elle en avait eu les larmes aux yeux. Quelques jours plus tard, Grégory m'envoyait un mail pour me remercier Bien sûr, ce n'est pas pour me la péter. Juste j'essaie de toucher au plus juste. Et je suis très heureuse lorsque j'y parviens...

 

 

 

 

 

 

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