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Le blog de Anne-Laure L.

Le blog de Anne-Laure L.

Ce blog est un récapitulatif non exhaustif de mes articles en tant que journaliste sur des sujets aussi variés que la musique, la société, l'actu... Bonne lecture!


Keziah Jones: Brasier Nigérian

Publié par Anne-Laure L. sur 12 Septembre 2008, 18:03pm

Catégories : #soul-funk-hip-hop

Cinq ans après Black Orpheus, Keziah Jones revient avec Nigerian Wood, album dense, et charnel aux accents afro-soul, enregistré dans le mythique studio Electric Lady sur les traces de Jimi Hendrix et Stevie Wonder. Du métro parisien à sa nouvelle aventure new-yorkaise, de son héritage afrobeat à son engagement politique et sensuel, l’artiste d’origine nigériane ne manque pas de séduire par son naturel et sa simplicité.

 


http://buzz.goldfm.fr/wp-content/uploads/2008/09/keziah-jones.jpgTout comme Black Orpheus rappelait le film Orfeo Negro de Marcel Camus, Nigerian Wood fait référence à la chanson Norwegian Wood des Beatles.  Qu’apportent ces clins d’œil ?

Dans le fourmillement actuel d’informations, propice aux connexions, ces allusions permettent d’accéder, rapidement, à la musique de manière latérale. Le Mythe d’Orphée et le film convient les souvenirs, et suscitent de nombreux niveaux de lecture. Au texte elliptique de Norwegian Wood, l’histoire d’une fille mystérieuse, j’emprunte les thèmes de l’amour sensuel, mais de façon plus évidente, et convoque la profondeur d’une matière organique. A l’essence occidentale, j’oppose ce bois qui recèle l’esprit nigérian. Un mélange que je trouve séduisant.


Tu habites New York depuis cinq ans. Comment la mégapole, que tu rapproches volontiers de Lagos, influence-t-elle ton art ?

L’émulation artistique à Brooklyn favorise l’émergence d’une « black music » avant-gardiste : trash, punk, rock, tout un panel musical qui m’a aidé à me positionner. Jusqu’alors limitée à l’Angleterre et au Nigéria, ma vision politique a acquis, à New York, une dimension élargie, parce que le monde entier y est représenté. Un phénomène similaire s’observe à Lagos, autour de laquelle gravite toute l’Afrique. Dans les deux cités, tout paraît possible, mais sous son visage de New York africaine, la capitale nigériane peine à honorer ses ambitions : la modernité et les gratte-ciel côtoient les bidonvilles et la misère. Ma chanson Lagos vs New York essaie de peindre ces attitudes communes autant que ces contrastes. Je retourne d’ailleurs deux ou trois fois par an au Nigéria, où je me ressource et puise mon inspiration. Ces allers-retours entre ici et là-bas nourrissent mes conceptions et ma vision du monde dans chacun des deux endroits : je comprends alors mieux où est ma place. Mes actions à Lagos ont des répercussions sur ma vie new-yorkaise, et réciproquement. Comme les distances s’amenuisent, ce qui se passe dans un coin de la planète résonne de l’autre côté.


Outre ta collaboration avec Russel Elevado, déjà présent sur Black Orpheus, tu travailles aujourd’hui avec Karriem Riggins, producteur d’Erikah Badu, Al Green, Kanye West…

A la sérénité de Russel, qui vient du rock et du RnB, s’oppose l’énergie de Karriem, jeune mec talentueux, fou de jazz et de hip-hop. Il mêle des sonorités reggae et drum’n bass à mes inspirations afrobeat, provoque l’apparition de nouveaux rythmes africains. Mon style tend maintenant vers l’afro-blues ou l’afro-soul, parce que le terme « blufunk » résume trop précisément une technique de guitare particulière, que je n’ai plus besoin de souligner. A l’inverse de Black Orpheus, spirituel et alternatif, Nigerian Wood s’annonce donc solide, ancré au sol, terrestre et dense,  inscrit dans cette nouvelle génération de la musique noire contemporaine.

 

http://barrjo.free.fr/blog/wp-content/keziah-jones.jpg

 


Comment pourrais-tu justement définir la « Black Music » actuelle ?

Le monde assiste à une renaissance de la musique noire, qui s’aventure aujourd’hui sur des terres électro, et hip-hop. Dans cette veine, je citerais ainsi TV on the Radio, fort de leur rock futuriste, à l’abstraction proche d’un David Bowie ou encore Soul Williams qui fusionne hip-hop, musique électronique, et poésie. Le continent africain absorbe depuis des décennies les cultures urbaines occidentales, qui s’hybrident avec les formes traditionnelles, pour donner naissance à de nouveaux sons. Au Nigéria, des artistes telles que Nneka, Asa ou Ayo, conjuguent ainsi leur européanité avec leurs racines, et apportent leur vision féminine à ce courant. L’afrobeat, lui aussi, s’universalise, et flirte avec de nouveaux horizons.


Dans ce vaste mouvement, comment te situes-tu ? Revendiques-tu toujours la filiation avec Fela ?

Sur un plan spirituel, idéologique et politique, sans aucun doute. Il est mon père, notre père, le premier à nous avoir donné des armes de réflexion, héritées de son propre maître Kwame Nkrumah ; je m’inscris donc dans cette longue transmission. Au travers d’artistes comme Seun et Femi Kuti, Antibalas, Franck Biyong, l’âme de Fela vit encore. Je l’ai rencontré en 1996, juste avant sa mort, et ce fut l’un des bouleversements de ma vie : il a réorienté mon esprit vers l’essence de ma musique, a éveillé mon désir de continuer à explorer. Comme James Brown, rencontré brièvement, il donne du sens et de la profondeur à l’art. Ces deux icônes ont réussi à tenir le cap de leurs idéaux. Aujourd’hui, y compris en musique, tout va très vite ; j’aimerais, comme eux, que mes compositions investissent l’air des vingt prochaines années. Et pour réussir ce pari, je dois avoir une idée précise de ce que je fais, être capable de viser le futur, et suivre la même piste. Je regarde au-delà de ce que je suis aujourd’hui.


La légende raconte que tu as été découvert dans le métro parisien. Quelle est ta relation à la France et à son public?

J’ai quitté Londres et l’école pour  débarquer à Paris en 1988, avec cent francs en poche. J’ai commencé à jouer dans une bouche de métro près de la rue Saint-Denis : mauvaise idée ! Un passant hilare m’indique la bonne stratégie. Direction Châtelet, Les Halles, Saint-Michel, et ma bonne étoile ! Deux mois plus tard, un producteur de chez Delabel me repère. Les rues de Paris, scènes de mes premières expériences live, m’ont aidé à trouver mon propos musical, et à définir mon identité. Suite au succès de mon premier album Bluefunk is a fact, une connexion s’est d’emblée installée avec le public français, qui me pousse depuis seize ans à donner le meilleur de moi-même. En hommage à mes débuts, j’effectue d’ailleurs pour la sortie de l’album, une série de concerts surprise dans le métro. (Ouvrez l’œil !)

 


 Dans Nigerian Wood, tu parles principalement des relations amoureuses. Relègues-tu pour autant, ton engagement politique au second plan ?

En effet, les chansons de cet album sont plus accessibles que celles de Black Orpheus, et légèrement plus commerciales. La politique, et mon rapport à elle, ont changé depuis Blufunk is a fact : ni aussi simples, ni aussi manichéens. Je reste profondément engagé, mais de manière moins frontale. Dans une société globalisée, où l’argent règne en maître, je ne souhaite pas que ma rébellion, ma conscience et ma compréhension du monde, deviennent un produit marketing. Du coup, j’attaque d’un angle obscure, j’utilise la sensualité et la spiritualité ; ainsi, tu ne sais pas d’où provient la révolte.


Autre facette mythique de ta personnalité : ton sex-appeal…

L’attraction sexuelle est basée sur des sensations plus profondes, et plus fortes à l’intérieur : si tu es assez solide et confiant, ça sexualise tout ce que tu fais. Quand je suis sur scène, je me sens hyper réceptif, je traduis l’énergie de 2000 personnes devant moi en musique. Si mon sex-appeal rend les gens heureux et ouverts, alors tant mieux !

Nadia Aci et Anne-Laure Lemancel

Nigerian Wood Because Music sortie le 1er septembre 2008

 

Anne-Laure Lemancel& Nadia Aci, pour Mondomix, septembre 2008

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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