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Le blog de Anne-Laure L.

Le blog de Anne-Laure L.

Ce blog est un récapitulatif non exhaustif de mes articles en tant que journaliste sur des sujets aussi variés que la musique, la société, l'actu... Bonne lecture!


Le Monde Intérieur de Yael Naim

Publié par Anne-Laure L. sur 15 Novembre 2010, 16:26pm

Catégories : #musiques des mondes

Trois ans après son album éponyme, énorme succès médiatique, Yael Naim revient avec un nouvel opus, She Was A Boy. Toujours accompagnée de David Donatien, la chanteuse franco-israélienne poursuit les émotions du disque précédent. Il y a de la tendresse, de la passion... et une quête intérieure riche : dompter ses peurs pour s’ouvrir au monde.

 

http://www.voir.ca/blogs/nouvelles_musique/yael-naim-1565.jpg

 Avec votre album éponyme (2007), vous avez connu un énorme succès, notamment avec le tube New Soul, repris par Apple. Qu’est-ce que ça a changé pour vous ?/Toute ma vie ! Avant, j’avais plein de temps, j’étais seule dans mon appartement, personne ne m’appelait... Maintenant je suis très occupée. Disons que je flottais dans mes rêves, alors qu’aujourd’hui, je me heurte à une réalité assez séduisante pour m’y connecter ! Dans le travail, il y a ce phénomène du deuxième album. On te prévient qu’il va exister, et il existe, effectivement ! Et tu te mets une pression folle car tu sais qu’il va être comparé au premier... La tournée finie, j’ai passé trois mois bloquée : j’avais l’impression que tout le monde était dans mon salon à l’écoute ce que je composais. Et puis, on me parlait de dead line, pour être « présente » commercialement, mais ça me figeait. C’est en contradiction avec l’idée-même de création !


Dans quelles directions musicales regardez-vous avec ce nouvel opus ?/ Le précédent était le passage à l’âge adulte, avec ces questions : par où je commence ? Qui suis-je ? Quand tu as trouvé ta voie, tu l’approfondis, tu peux t’en écarter, mais tu cherches à l’enrichir. J’ai l’impression que beaucoup d’éléments ont fleuri à partir de cette racine : les arrangements s’envolent un peu plus, la voix s’intensifie... Au début, le noyau te paraît précieux, trop fragile, tu n’oses pas t’en éloigner. Sur She was a boy, j’avais envie d’explorer des directions moins lisses. De mêler, comme Nina Simone, le piano classique à d’autres influences. Et puis je souhaitais assumer ce mélange de styles, d’origines, jusqu’à la musique indienne de Man of Another Woman. Je voulais créer du relief, passer de morceaux très lyriques, très arrangés, à des titres dépouillés guitare-voix (Today, If I Lost The Best Thing). En fait, j’ai plus de 200 chansons dans ma besace, et j’essaie de nous faire plaisir, à David Donatien et à moi-même. Quand j’avais 20 ans, j’ai essayé d’écrire un disque en pensant aux « autres ». Un désastre ! Aujourd’hui, je veux juste être contente. Et tant mieux si ça rayonne !


Comment travaillez-vous avec votre compagnon David Donatien ?/ J’ai arrêté la tournée pendant deux ans. La vie a évolué. Nous avons quitté notre petit appartement, bourré d’instruments de musiques, pour nous installer dans une maison un peu éloignée de Paris. Nous travaillons toute la journée. Pour qu’une chanson éclose, il faut qu’elle nous séduise tous deux, dans ses constants allers-retours : on l’arrange, on la peaufine, on argumente, on s’engueule... On attend l’évidence ! David et moi sommes un groupe, même si mon nom est mis en lumière, car il s’agit de mes chansons, de mon histoire ! On fait tout ensemble à 100% : la compo, le live, l’image !


Pouvez-vous nous raconter votre pochette d’album ?/ J’avais envie d’une photo extrêmement assumée, avec un regard clair, qui rappelle ces premiers clichés, où les sujets posaient à outrance. Et puis j’aime beaucoup une artiste comme Frida Kahlo : ses autoportraits s’entourent de symboliques fortes, qui incarnent sa vie intérieure. Je ne sais pas pourquoi, j’imaginais une forêt, comme un besoin de se connecter à ma propre nature. En même temps, il s’agit d’une nature ambigüe, car dans son foisonnement surréaliste, se cachent des plantes carnivores, un éléphant, deux poissons... L’oiseau est curieux, lui aussi, tout noir avec ses ailes rouges... L’artiste est un photographe de guerre : Zoriah Miller.


Pourquoi avez-vous appelé ce disque She Was a Boy ?/ C’est le titre d’une chanson, et je ne sais pas pourquoi elle m’est venue avec cette évidence : le fruit de l’inconscient ? Elle raconte l’histoire d’une femme différente, avec ses parts d’ombre et de lumière, sa masculinité : un être incompris par son environnement, sauf par un enfant assez pur pour l’apprécier... Je me suis alors rendue compte que toutes mes chansons parlaient de ça, de la différence, du décalage entre nos envies de vivre et nos frayeurs. Il y a dans cet album, le vœu de prendre du recul par rapport à nos peurs : peur de soi-même, et peur de l’autre, particulièrement présente dans mon pays (Israël, ndlr). Un phénomène me touche beaucoup en ce moment : tout pourrait être simple, on est tous pareils, il y a plein de cultures géniales, de goûts différents, et au lieu de profiter de cet éventail, les gens se replient, s’enferment, se figent sur leurs certitudes... Les communautés se cloîtrent, ne se rencontrent pas. Moi-même qui te parle, je viens en premier. S’il t’arrive un truc, tu te défends, tu te recroquevilles. Alors qu’il suffirait d’un peu de confiance, et d’un regard innocent sur la vie.


Vos chansons vous permettent-elles d’apprivoiser vos peurs ? Ce qui aide beaucoup dans la vie, je pense, c’est d’apprendre à se connaître, à s’assumer, à être souple avec les changements... C’est un processus que j’essaie d’entamer, et ça sort en chansons. Et puis, avec les gens qui t’entourent, tu peux facilement perdre ton identité, c’est très dur de garder cette connexion, et en même temps d’être présent pour les autres. Donc soit tu t’isoles dans ta bulle, comme je faisais avant, soit tu es pris dans le tourbillon de la réalité, comme durant la tournée, et tu n’arrives plus à te connecter à toi-même. Ecrire permet de faire sortir tout ça, même quelques minutes...


Vos textes sont intimes et en même temps très universels... Le fait de rester connecté à toi-même te permet à l’inverse de mieux te relier au monde extérieur. Je ne pense pas qu’il y ait de contradiction. Et puis, finalement, on traverse tous des émotions similaires : la peur, la joie, et l’envie de se réaliser. Chaque jour.


Anne-Laure Lemancel

(Pour RFI Musique, le 15 nov. 2010)

 


 

 

 

 

 

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