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Le blog de Anne-Laure L.

Le blog de Anne-Laure L.

Ce blog est un récapitulatif non exhaustif de mes articles en tant que journaliste sur des sujets aussi variés que la musique, la société, l'actu... Bonne lecture!


Linda Lemay : Chanter ses blessures

Publié par Anne-Laure L. sur 7 Septembre 2010, 13:22pm

Catégories : #chanson française

 Avec ses longs cheveux, ses yeux bleus immenses et sa vitalité débordante, Lynda Lemay décrit son tout dernier opus, un disque à l’intitulé sobre et triste : Blessée. Pourtant, malgré ces souffrances qui bâtissent et balisent l’existence, la star québécoise affiche un franc optimisme : un intarissable désir de vie, niché au cœur de sa famille et de son inspiration.

 

http://www.femina.fr/var/femina/storage/images/culture-people/musique/interview-de-lynda-lemay-pour-blessee/2958814-1-fre-FR/Interview-de-Lynda-Lemay-pour-Blessee_rubrique_article_une.jpg


Pourquoi avez-vous appelé votre album Blessée ?/ Le soir où j’ai chanté pour la première fois sur scène le titre Blessée, trois personnes m’ont confié durant la séance de dédicace : « C’est moi, ta blessée ». J’ai interprété ça comme un signe : ces victimes du viol et du manque d’amour, détruites, fragilisées, qui osaient se dévoiler. Mais par delà, je m’adresse aussi à tous, car qui n’a pas ses petites ou grandes blessures, profondes ou superficielles ? Impossible de traverser une vie sans rencontrer ces obstacles, ces moments où tout s’écroule, ces égratignures, terres brûlées sur lesquelles on rebâtit. Elles construisent l’histoire de chacun : on ne grandit pas des mêmes maux, on ne les appréhende pas de la même façon, on s’en relève tous différemment.

 

Se remet-on de ses blessures ?/ Certaines ne se referment jamais, comme le manque d’amour d’un parent, qui laisse un vide à combler toute son existence. Il faut alors tâcher de vivre avec, les apprivoiser, les dédramatiser, s’arranger pour qu’elles deviennent des forces, même si, pour certains, il est plus difficile de ne pas rester au stade de victime. Nous sommes tous différents face à l’adversité, et cet éventail d’humanités m’inspire. 


Malgré ces blessures, il y a une tonalité positive dans votre album.../Il y a toujours de l’espoir. Comme pour la pochette du disque, je juxtapose le noir et la couleur. On peut se tenir debout sur le malheur, et être au plus proche du bonheur. Et puis, celui-ci n’est jamais égal : il faut travailler pour le conserver. Mon art s’appuie sur cette vulnérabilité du bonheur, cette précarité de notre santé, de notre équilibre. Aujourd’hui, je suis chanceuse, mais demain ? Tout peut être dévasté par le feu, un accident, la perte d’un être cher. Dans mes chansons, je m’impose cette lucidité, pour entrevoir tous les possibles. Bonheur et malheur restent deux facettes indissociables de ma création : j’aime toucher l’extrême des émotions.

 

Vous utilisez aussi beaucoup l’humour. Votre signature ?/ Je raconte des blagues au public entre les chansons, car si quelqu’un ne se prend pas au sérieux, c’est bien moi ! J’aime que la vie ne soit pas compliquée. Dès que je peux relâcher la pression, je déconne, je redeviens adolescente : on sort les guitares, on va faire du ski nautique, on squatte autour d’un feu de camp !

 

http://www.gala.fr/var/gal/storage/images/media/images/actu/photos_officiel/linda_lemay/782899-1-fre-FR/linda_lemay_reference.jpg

 

Pourquoi avez-vous enregistré les trois quart de cet album en live ?/ J’ai reçu à plusieurs reprises des commentaires, qui jugeaient mes récents albums très sombres. J’avais pourtant essayé d’alterner des chansons gaies et tristes. Et puis j’ai compris ce qui manquait : le côté vie, le côté « live », ces respirations que constitue l’échange avec l’auditoire. Et puis Blessée, c’est un peu l’album du public, parce que plusieurs thèmes abordés viennent de demandes ou de confidences de mes fans. Je me souviens ainsi parfaitement de ce soir-là, où deux sœurs d’une ressemblance parfaite m’ont posé cette question : « Pourquoi n’as-tu jamais chanté la gémellité ? » Une bonne idée, qui s’est perdue dans l’univers, avant de revenir me hanter. J’ai alors écrit le titre Jumelles, sur cet amour inconditionnel, fusionnel, que j’entretiens moi-même avec ma jeune sœur, Diane. Enfin, le dernier titre de mon album, Entre deux paradis, clame cette passion inaltérable que je voue à mon public : toute ma vérité !

 

Dans votre album, le thème de la maternité apparaît récurrent. Comment parvenez-vous à concilier votre statut de mère de famille et votre carrière ?/ Il s’agit en effet de mon défi de tous les jours. Ma vie de famille reste ma priorité, mais je ne peux me passer de ma carrière. Sans cette alimentation constante de ma fibre artistique, je ne serais ni la femme, ni la mère que je suis. Juste l’ombre de moi-même. Alors évidemment, ça fait beaucoup d’amour à donner, mais j’en reçois aussi des tonnes. Le flux circule !

 

Après 20 ans de métier, qu’est-ce qui conserve votre inspiration intacte ?/ Les chansons naissent en général dans l’avion, seuls moments de solitude, avec un air, des mots, une mesure... Puis je prends ma guitare. Je construis mes textes comme de petits scénarios, autour d’histoires que l’on ma racontées. Je me glisse dans la vie des gens, leurs anecdotes, leurs épopées, je m’y inscris en « je » : je fais preuve d’énormément d’empathie. Mais surtout, cette flamme que je décrivais dans mon titre La Veilleuse à 23 ans (« Je veux trouver au fond de mes chansons/Le feu qui me les a fait faire/Et puis, garder cette bougie d’inspiration/Comme unique souvenir d’hier », ndlr), elle m’anime encore ! Je veux qu’on m’enterre avec ! Quelque chose d’inébranlable au fond de moi ne change pas. Cette flamme m’illumine, elle me fait rayonner. De la naissance à la mort, en passant par toutes ces blessures, cette étincelle me garde étonnamment vivante !

 

Anne-Laure Lemancel

 

Lynda Lemay Blessée (Warner Music France)

 

Pour RFI Musique, le 7 septembre 2010

 

 

 

 

 

 

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