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Le blog de Anne-Laure L.

Le blog de Anne-Laure L.

Ce blog est un récapitulatif non exhaustif de mes articles en tant que journaliste sur des sujets aussi variés que la musique, la société, l'actu... Bonne lecture!


Miossec roule à l'ordinaire

Publié par Anne-Laure L. sur 23 Août 2011, 17:14pm

Catégories : #chanson française

 Avec son 8ème album, Chansons Ordinaires le Brestois Christophe Miossec, chanteur révolté, écorché vif, sentimental et romantique, fait table rase. Entouré de nouveaux musiciens, il se débarrasse de ses étiquettes qui l’entravent pour retrouver les fulgurances de l’adolescence : un son brut, des paroles aiguisées et une énergie frondeuse !

 

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On ne sait pourquoi, Miossec débarque toujours entouré d’un halo d’embruns. Sous son écorce tendre, dans sa voix rugueuse et son verbe hésitant, dans les profondeurs de ses yeux bleus-gris, se reflètent le ciel breton en perpétuel mouvement, des nuages en relief qui laissent filtrer les rayons du soleil, et le ressac de l’océan. Après de longues escales à Paris puis à Bruxelles, le chanteur a enfin retrouvé son port d’attache, celui à laquelle son nom reste définitivement associé : Brest. Avec son épouse Catherine, ils ont acheté une maison dans la région, à deux pas des falaises, au cœur d’un paysage somptueux, devant lequel doivent impérativement s’extasier ses visiteurs. Là, Christophe mène une existence paisible, loin des connexions tous azimut et autres réseaux sociaux : un peu old-school, en somme. Cinq ans après L’Etreinte, son dernier disque solo et deux après l’album Finistériens, en duo avec Yann Tiersen, l’artiste avoue s’être offert le luxe du temps, celui d’entamer des journées vides de contraintes, de déplier un canard, de bouquiner un roman, sans culpabilité. « Avec le temps, j’adore la latitude que me laisse mon métier... Ces voyages au fil des pages ou de mes pensées, me permettent de glaner les ingrédients utiles à ma profession : je suis un voleur d’idées. » Au fil des innombrables digressions, doutes, questionnements, qui lui permettent d’affiner ses réponses, Miossec raconte donc, le regard brillant, ses lectures, hétéroclites : L’autobiographie de Maurice Chevalier en trois Tomes, L’Intégrale de Victor Hugo en chansons ou encore Les Mémoires de Pierre Delanoë (l’auteur des « tubes » les plus controversés de Michel Sardou : Ne m’appelez plus jamais France, Le Temps béni des Colonies... « Ca me fascine, c’est un facho complètement assumé. Dans son bouquin, il engueule en vrac les mécréants, les feignants, les médiocres... »). Et sous leurs mots, dans ses pérégrinations, il trouve alors la matière première de ses chansons, des « chansons ordinaires », comme l’indique le titre de ce 8ème album, car toute chanson, même la plus grandiose, ne saurait être que populaire : un air siffloté de lèvres en lèvres, un refrain baladé dans l’atmosphère, une appropriation banale et collective de sentiments, d’idées, de révoltes... A l’image des chansons du XIXe siècle, qui possédaient toutes une fonction sociale, Miossec les nomme ainsi : Chanson pour les amis, Chanson d’un fait divers, Chanson d’insomniaque... des œuvres à double-sens, pleines d’ironie et de sagacité. Ce faisant, l’artiste réitère aussi son engagement dans ce courant, malgré un univers musical un peu plus musclé, plus fourni, et plus sonore qu’à l’accoutumé...

 

 

 

 


« One, Two, Three, Four ! » Car Miossec ne saurait se reposer sur ses lauriers, ni se laisser bercer par la routine : aux habitudes, il donne des coups de pied au cul. « J’avais fait deux-trois tentatives avec mon groupe de tournée, mais on était tellement imprégnés qu’on faisait de la parodie de Miossec. Ca devenait carrément du Grand-Guignol ! », raconte-t-il. « J’avais besoin de retrouver des fulgurances ! » Le chanteur fait donc table rase, avec trois nouveaux musicien ‒ Sébastien Buffet (batterie), David Euverte (claviers) et Thomas Poli (guitare), des anciens de Dominique A. Sur un simple décompte ‒ one, two, three, four ‒ la musique s’élance, un son du ventre, impulsif : «Chaque musicien était impliqué dans la création musicale... Il y avait une telle émulation qu’en trois jours, nous avions déjà  six ou sept chansons, avec l’ossature et la couleur du disque, que nous avons ensuite peaufinées pendant un mois de studio. J’ai retrouvé un truc d’ado, une ambiance jubilatoire, où tu te marres et où tu joues très fort, des nuits durant : un véritable rock-band ! » Le sourire de Miossec en dit long : cet éternel insatisfait en perpétuelle quête d’apaisement, a réussi à se débarrasser de quelques-unes de ses étiquettes, forgées par lui-même, relayées par les autres. « On est toujours un peu prisonnier de sa propre image », explique-t-il. « Dans une maison de disque, certaines personnes occupent un poste intitulé "chef de produit", et même si tu entretiens d’excellents rapports avec eux, tu restes toujours « un produit », source d’intérêt financier, susceptible de se périmer... Moi, j’avais parfois l’impression d’être, dans la grande foire exposition aux chanteurs, le tenancier du stand "écorché vif", qui allait échouer au fond du magasin... Il fallait que je sorte de cette spirale! » Et puis, dans les grands bouleversements de la vie de Miossec, s’inscrit aussi l’arrêt complet de l’alcool, le compagnon de déboire. Un diagnostique médical formel, suite à la détection d’une maladie génétique, ne tolère plus une seule goutte. « Et vous savez quoi ? Je continue à me fendre la gueule, mais avec plus de lucidité ! C’est assez drôle... Et j’ai même crée des émules : certains de mes potes ont aussi arrêté, en voyant que ce petit merdeux de Miossec y parvenait ! » Plus serein, plus apaisé, moins révolté, mais avec l’envie frondeuse de débrider son énergie sur scène : l’art du Brestois a donc évolué  au diapason de l’homme, la chanson en parallèle de sa vie... Une aventure aussi extra qu’ordinaire, en somme.   


Anne-Laure Lemance, pour Evene

Miossec Chansons Ordinaires Pias

 

 

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