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Le blog de Anne-Laure L.

Le blog de Anne-Laure L.

Ce blog est un récapitulatif non exhaustif de mes articles en tant que journaliste sur des sujets aussi variés que la musique, la société, l'actu... Bonne lecture!


Patrimoine immatériel de l'UNESCO: Intangibles richesses

Publié par Anne-Laure L. sur 12 Avril 2010, 13:18pm

Catégories : #musiques des mondes

 Depuis 2003, l’UNESCO reconnaît le patrimoine immatériel, recensement des trésors intangibles, qui constituent autant de manifestations de la diversité culturelle, affaiblie par la mondialisation. Entre mise en lumière et risque de mise en cage, cette « labellisation » tâche d’accompagner la dynamique d’expressions vivantes.

 

http://blog.cuisine-et-mets.com/wp-content/unesco-emblem-kovacevic-vel.jpg


Le monde en marche vers une uniformisation accrue ? Si ce cliché d’une « pensée unique » galopante se voit, dans une certaine mesure, contredit par les métissages heureux, facilités par la mondialisation, les recensements/chiffres parlent d’eux-mêmes : chaque année, des cultures disparaissent. A l’instar de la biodiversité, la diversité culturelle (6500 langues, 7500 communautés...) serait donc mise en péril. Depuis 2003, le Patrimoine Culturel Immatériel (PCI) de l’UNESCO répertorie les manifestations de cette richesse plurielle, parmi lesquelles la calligraphie chinoise, la tapisserie d’Aubusson ou le batik indonésien... Une sacralisation de ces différences, qui tend à rééquilibrer les trésors recensés entre Nord et Sud, pour honorer, selon Aimé Césaire dans son Cahier d’un retour au pays natal, « ceux qui n’ont construit ni châteaux ni palais, mais sans qui la terre ne serait pas la terre. »

 

Un recensement politique ?

http://2.bp.blogspot.com/_EmTuk18jQP8/Rg75sganlbI/AAAAAAAAAPQ/_RWI5C2whJM/s320/a%2Bfiletta.jpgLe PCI se divise en deux listes : liste représentative et liste de sauvegarde urgente. Chaque pays signataire de la Convention doit dresser un inventaire (quasi) exhaustif des pratiques culturelles sur son territoire. A charge ensuite, pour les gouvernements respectifs, de proposer à l’UNESCO les éléments qui lui paraissent significatifs et/ou en péril. En Corse, Michèle Guelfucci, porteuse du projet d’inscription du « Cantu in Paghjella » sur la liste de sauvegarde urgente, trouve cette tradition moribonde : seules une quinzaine de « sentinelles », gardiens du temple, seraient aujourd’hui capables de véhiculer cette polyphonie masculine à trois voix, incarnation chantée de la communauté, « tout un code et une interprétation du monde ». Une vision dramatique réfutée par Jean-Claude Acquaviva. Selon le leader d’A Filetta, cet art n’a jamais été autant pratiqué, même si les générations actuelles en transgressent l’orthodoxie. Première hésitation. Par ailleurs, chaque gouvernement doit obtenir l’accord des communautés. Une participation obligatoire de la société civile, qui dissimule mal quelques interrogations. Comme chaque pays choisit son mode d’inventaire, celui-ci ne serait-il pas soumis à sa « subjectivité » politique ? Ainsi, comme le soulève Chiara Bortolotto, anthropologue à l’EHESS, spécialiste du PCI : « Un pays va-t-il soutenir l’une de ses minorités s’il n’en a pas l’envie ? La Convention peut ouvrir, de la part des Etats, des interprétations différentes. » On pourrait ainsi s’interroger sur la demande d’inscription par la Chine de l’Opéra Tibétain en 2009...

 


 Ces premières questions posées, les cultures/communautés reconnues se réjouissent de cette « labellisation ». Ainsi, l’Argentine a célébré l’accession du tango aux rangs du PCI. « C’est un peu comme si tu obtenais un Award », plaisante Eduardo Makaroff, membre du Gotan Project et fondateur du label Mañana. « Cette récompense salue son renouveau, et ré-ancre ce genre voyageur, interprété aux quatre coins du monde, sur sa terre d’origine, Buenos Aires, et plus largement la région du Rio de la Plata ». Tandis qu’à la Réunion, l’inscription du maloya, première culture française d’Outre-Mer reconnue, résonne comme la consécration d’une musique initiée par les esclaves mozambicains et malgaches, expression d’une langue et d’une culture créole longtemps mises sous silence. A chaque pays, ensuite, de faire vivre ce « coup de projecteur » international, source de possibles subventions : publications d’ouvrages, enseignement, promotions...


Normer sans enfermer

Pour autant, cette labellisation ne serait-elle pas une entrave à la création, et à l’évolution naturelle des http://nomundodosmuseus.files.wordpress.com/2007/06/livre-patrimoie-immateriel.jpgcultures « vivantes », tissées d’échanges, de rejets, d’ajouts, d’emprunts, de modifications, et de confrontations ? Dans l’ouvrage collectif Le Patrimoine Culturel Immatériel*, Chérif Khaznadar, président de la Maison des Cultures du Monde, à Paris, prévient des possibles dérives du PCI : « La convention pour la sauvegarde du Patrimoine Culturel Immatériel peut devenir un outil de muséification et de mort pour les cultures et pour la diversité culturelle ». Une conséquence fâcheuse que l’UNESCO tâche d’éviter avec la plus grande vigilance. Ainsi, comme l’indique Cécile Duvelle, chef de la section du PCI : « La définition-même du patrimoine immatériel inclut un caractère dynamique et subjectif, même si le terme « patrimoine » peut prêter à confusion ». Ni maintien artificiel d’une culture, donc, ni résurrection lorsque celles-ci n’a plus de raisons d’être, ni enfermement dans le carcan de codes figés... Exemple à la Réunion, avec les propos de Françoise Vergès, directrice culturelle de la Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise : « Le PCI ne « norme » pas, car c’est un genre dans sa globalité qui est consacré. On ne va pas enfermer le maloya dans un musée, mais simplement profiter de cette reconnaissance pour s’affirmer, se valoriser, et diffuser nos créations ».

 

Mises en lumière, ces cultures possèdent donc désormais leur rôle à jouer sur le grand échiquier de la diversité. La partie à venir sera celle de l’accompagnement, de la transmission, de la sauvegarde  de cet équilibre fragile, entre préservation et éternel mouvement.

 

Anne-Laure Lemancel & Isadora Dartial (Pour Mondomix, avril 2010)

 

Points Clés :

 -Depuis2001, la Déclaration de l’UNESCO sur la Diversité Culturelle reconnaît le pluralisme des cultures, « porteur d’identité, de valeur et de sens », comme un « patrimoine commun de l'humanité, qui doit être affirmé au bénéfice des générations présentes et futures », soit l’un des fondements du développement durable.

-En 2003, l’UNESCO établit la Convention sur le Patrimoine Culturel Immatériel (PCI) ratifiée par 121 pays.

-Le PCI se répartit en cinq catégories : traditions orales/arts du spectacle/rituels/connaissances sur la nature/artisanat traditionnel.

- Contrairement au Patrimoine Matériel (Convention de 1972), et à sa première ébauche « les chefs d’œuvre du patrimoine immatériel », qui considéraient la valeur esthétique comme critère essentiel, le PCI consacre désormais la valeur symbolique et sociale d’une expression culturelle pour une communauté donnée (Un Etat, une tribu, une famille...).

 

*Le patrimoine culturel immatériel – les enjeux, les problématiques, les pratiques

INFO : 21 mai 2010 : journée mondiale de la diversité culturelle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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