Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le blog de Anne-Laure L.

Le blog de Anne-Laure L.

Ce blog est un récapitulatif non exhaustif de mes articles en tant que journaliste sur des sujets aussi variés que la musique, la société, l'actu... Bonne lecture!


Rosemary Standley: « La musique folk incarne le peuple américain »

Publié par Anne-Laure L. sur 15 Mai 2013, 21:20pm

Catégories : #Voyages

Rien à déclarer ?

Chanteuse du célèbre groupe Moriarty, la Franco-Américaine Rosemary Standley nous livre sa vision très musicale des Etats-Unis. En échos à son « songbook », son projet actuel et personnel, portrait intime décliné en une poignée de chansons, elle égrène, pour Lonely Planet Magazine, ses meilleurs clichés de l’Amérique, du Midwest au Mississippi. Feuilletage…

Moriarty_02.jpg 

« Née d’un père américain, originaire du Midwest, j’ai longtemps eu, des Etats-Unis, cette vision de seconde main : son regard. Libre-penseur, né en 1945, il a grandi dans l’Amérique de Kerouac, un pays conformiste qui érigeait le modernisme et la consommation en mode de vie TV, lave-linge… avec ce désir d’une poignée de libertaires de casser les codes, d’opposer à cette autoroute sociétale, des chemins de traverse. Mes premiers pas dans ce pays « idéalisé » ? L’Anglais, langue paternelle, et sa musique : la folk de mon père, chanteur. 

S’il a quitté son pays pour la France, sa famille, elle, est restée. J’avais sept ans : pour la première fois, je foulais le sol américain. Nous fêtions Noël chez ma tante, en Indiana. Premières images : des tonnes de neige, un espace infini, une immense baraque, où s’entassaient pêle-mêle vieilles voitures et réveille-matin, collections de mon oncle… D’une escapade à Chicago, me revient un labyrinthe de toits sous la neige. Première visite d’une mégapole, dont j’ai adoré, plus tard, les aberrations architecturales, les dents creuses dans le tissu urbain, rendues possibles par l’espace. 

Indiana, mes vacances… Comme dans tous les Etats de la Corn Belt, cette « ceinture du maïs », les champs s’étendent à perte de vue. Des villes sans « centre-ville », des « malls », ces énormes supermarchés, « villes » tentaculaires aux allures illusoires, et le maillage actuel d’aéroports privés… composent son visage. 

Pour décrire le Mississippi, sillonné avec trois amis, ce mot me frappe : gothique. A la manière des romans de Faulkner, Tennessee Williams… Des situations fortes, noires, abruptes. Une réalité sombre. Une population noyée dans l’alcool, la religion. Des bluesmen qui jouent cordes et âme. Entre Memphis et la Nouvelle Orléans : le vide du paysage. Puis, dès la Louisiane, les marais, ses arbres biscornus, créent une ambiance mortifère, qui s’oppose au joyeux mixage de ces pays créoles.

De chaque voyage US, me restent ces sons : les ventilos, l’air conditionné, le silence chaud, la torpeur étouffée de l’asphalte… J’adore la route. Cette sensation de liberté. Ce voyage à bonne allure. Sur la 101, Los Angeles-San Francisco, au gré de paysages sublimes, comme le Parc National de Redwood, sous un ciel bleu, en décapotable, je roulais sur la bande-son de ces inépuisables radios musicales, classées par décennies : années 60, 50, 40 etc.

Depuis ma naissance, la musique US accompagne ma vie : la country, le bluegrass… Ce mélange d’influences blanches, noires, du Sud, du Nord… Quant à la folk, celle qu’incarna mon père, elle parle du peuple, pour le peuple : elle synthétise ses histoires, ses colères, ses espoirs, ses douleurs. Je pense à Dylan. A Woody Guthrie. A l’une de ses chansons, Pretty Boy Floyd : elle conte la fin tragique d’un bandit d’honneur, qui volait aux banques pour donner aux pauvres. Abattu par un flic un jour de Noël.   

Une histoire typiquement américaine, en somme : celle d’un destin, le mythe du western, la figure du juste, l’émergence d’un héros … »

Anne-Laure Lemancel

Pour le Lonely Planet Magazine, mai 2013

 

 

 

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents