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Le blog de Anne-Laure L.

Le blog de Anne-Laure L.

Ce blog est un récapitulatif non exhaustif de mes articles en tant que journaliste sur des sujets aussi variés que la musique, la société, l'actu... Bonne lecture!


Service des sports : le secret des champions

Publié par Anne-Laure L. sur 5 Mai 2007, 16:41pm

Catégories : #territorial

-Un service transversal aux problématiques variées 

-Un service divisé en trois pôles : technique, administratif, sportif.

-Un management « sportif » : passion, réactivité, esprit d’équipe, challenge, évolution.

 



Que serait Paris sans le PSG ? Marseille et Lyon sans leurs Olympiques ? Bordeaux privé de ses Girondins et la ville rose de son Stade Toulousain? Cristallisateur de passion, le sport de haut niveau contribue au rayonnement d’une ville, développe son économie, sa culture et son tourisme. Mais acclamer les champions, cela commence d’abord dans une cour de récré, sur un bout de trottoir, dans un club obscur…Loin du Stade de France et de Roland-Garros, les services des sports des collectivités canalisent cette pratique du quotidien. « Mon ambition ? Que tous les Lillois fassent du sport ! »,  s’exclame ainsi Francis Hennion, directeur du service dans la capitale du Nord. Un rêve partagé par ses collègues, qui au-delà des performances physiques et de l’événementiel, visent le social, l’éducatif, la citoyenneté, le bien-être psychologique. Attirer les ados, travailler en zone sensible, réfléchir sur les publics féminins, âgés, handicapés, prêter une oreille attentive à ces sportifs « autonomes » qui, en dehors des circuits associatifs, utilisent l’espace public comme terrains de jeu, leur proposer de nouvelles infrastructures, réaménager des salles laissées en friche après les « trente glorieuses du sport» (jusque fin des années 1990), constituer des interlocuteurs de poids avec les clubs et les innombrables bénévoles …: autant de problématiques – parfois formalisées dans des programmes comme « Nantes s’engage » ou les « Assises du sport » à Lorient – auxquelles s’attèlent ces services dynamiques. Bien au-delà de la seule obligation municipale de mettre des gymnases à disposition des scolaires, cette vision large instaure donc, de fait, un dialogue permanent avec les autres structures (police municipale, vie des quartiers…). Surtout, le service réalise « un grand écart entre une vision à long terme et des préoccupations journalières », selon Samuel Leproust, directeur de la jeunesse et des sports à Lorient (56) et son fonctionnement s’accorde à « cette action régulière générée par les micro-événements, doublée d’une politique plus globale », comme l’explique Roland Billot, à Besançon (25) « C’est toujours la même chose et chaque fois différent » : une devise que possèdent tous les dirigeants, à la tête de services riches et éloignés de toute routine.


80 employés à Brive, 500 à Toulouse, 350 à Nantes, 300 à Bordeaux … Relativement bien nourris, les services sportifs se divisent globalement en trois pôles : administratif, technique (maintenance des gymnases, piscines, pelouses, travaux d’aménagements, constructions…) et sportifs (Educateurs des Activités Physiques et Sportives (ETAPS, catégorie B), Opérateurs (OTAPS, catégorie C) et Conseillers des APS (catégorie A)). Du gardien de gymnase à l’électricien, du maître-nageur aux secrétaires, le directeur des sports orchestre ce beau monde, avec pour recettes de son management…les vertus cardinales de sa discipline! Première règle : la passion. « Très peu d’employés atterrissent ici par hasard, et nos services connaissent un très faible turn-over. Nous avons très peu de problème de motivation », souligne Pierre Leclercq, à Rennes (35). Au-delà du constat, l’engouement serait même fortement recommandé : « Les agents doivent s’approprier les problématiques sportives, et donc être issus de cet univers», remarque Frédéric Gil, à Bordeaux (33). « Non que nous soyons exclusifs, mais il est plus facile de demander à un agent de surveiller un match de foot le dimanche si lui-même pratique ». Car, dans le secteur, le travail repose essentiellement sur le temps de loisir des autres. Gymnases ouverts douze heures par jour, piscines accessibles 360 jours sur 365, horaires tardifs … : un emploi du temps atypique qui mène au deuxième précepte : souplesse et réactivité. « Comme les sportifs, les agents du service doivent être dans les starting-blocks », métaphorise Martine Tignol à Toulouse (31). La ligne de mire ? Le service à l’usager, des structures ouvertes, propres et bien tenues. « Nous sommes là pour résoudre les problèmes, pas pour en poser », ajoute-t-elle. Une rapidité d’exécution qui découle d’un troisième précepte : l’esprit d’équipe. « Nous veillons à impliquer tous nos agents, les faire adhérer à nos projets pour qu’ils trouvent un sens à leur travail quotidien », explique Eric Bouquin à Nantes (44), suivi par Frédéric Gil : « Le travail repose sur une responsabilisation individuelle ; chacun, à tous les niveaux, constitue un maillon essentiel de la chaîne, pour qu’un club puisse s’entraîner ». Ainsi, lorsqu’un technicien des espaces verts satisfait dans la capitale girondine, il est promu à l’entretien du stade Chaban-Delmas, en récompense. Un rouage bien huilé qui s’accompagne de dialogue : « Je crois en la transparence », déclare Roland Billot « Les agents doivent connaître leur place, leur rôle, leur marge de manœuvre. Ils ne sont jamais aussi libres que dans un système organisé et hiérarchique, avec le sentiment de n’être jamais isolés. Un problème ne passe jamais seul ; il faut le faire remonter au plus vite ». Pour transmettre les ordres, Samuel Cardona à Limoges (87), s’appuie ainsi sur les cadres intermédiaires : « Avec 20 gymnases, 50 terrains, 4 piscines, et une commune relativement étendue, ils constituent pour moi un relais essentiel, dans ce service au final plus opérationnel qu’administratif ». Informations, coordinations, réunions, représentent alors les ingrédients nécessaires à l’implication de tous, comme à Lille : « Le service se répartit en zones géographiques. Chacune d’elle réunit son personnel le vendredi matin, et chaque mardi rassemble les différents cadres. Deux fois par ans, le service organise des séminaires au cours desquels chacun expose ses difficultés », raconte Francis Hennion.


Quatrième précepte : le challenge. L’organisation d’événements cruciaux – Tour de France, Dakar, accueil de championnats, manifestations exceptionnelles – motive les agents, et dynamise le service. « A Brive (19), nous recevons la coupe du monde d’aviron et le championnat du monde de pelote basque », relate ainsi Jean-François Bourg, directeur du service. « A l’occasion de ces grandes fêtes du sport, le système hiérarchique et pyramidal se trouve bouleversé. Des agents deviennent responsables de la communication, du transport, ou de l’hébergement. Une caissière de piscine ou un gardien de stade peuvent accéder à des postes inhabituels. Ce sont des enjeux moteurs qui permettent à qui le souhaite de s’investir ». Un coup de pied à l’habitude, qui se retrouve dans la cinquième règle : l’évolution, qui répond au perpétuel mouvement du sport. Ainsi, à Rennes, la municipalité dispense à ses employés des enseignements liés à la sécurité, à l’information. « Les matchs peuvent se dérouler dans un climat de violence. Nous leur apprenons à accueillir ce genre de public », indique ainsi Pierre Leclercq. La ville de Toulouse, elle, mobilise ses techniciens autour des problèmes d’hygiène, de qualité de l’accueil, leur permettant d’aborder leur travail d’un autre point de vue. Les ETAPS surtout, présents dans les clubs, les écoles et les quartiers, bénéficient de formations innovante sur des activités attractives et/ou atypiques – nouveaux métiers de la forme, aquagym, aquaphobie, cirque, tir à l’arc, futsal, double dutch, canoë, escalade – mais également d’une nécessaire sensibilisation de fond, comme l’exprime Eric Bouquin : « Souvent bénéficiaires d’une formation initiale dispensée en STAPS (Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives, ndlr) et d’un BE (Brevet d’Etat, ndlr) , les ETAPS combinent à la fois des compétences sociales et sportives. Cependant, ils éprouvent parfois des difficultés à s’adapter à des formes de pratiques et des demandes qui ne sont pas celles enseignées à l’Université. En tant que dirigeants, nous tâchons de répondre à ce léger décalage »... Quant aux Maîtres Nageurs Sauveteurs (MNS), chaque collectivité réfléchit à un moyen adapté de stimuler leurs plans de carrière parfois laborieux (voir encadré). Enfin, la frontière floue entre animation et sport, qui contredit le statut même des agents OTAPS de catégorie C (voir encadré) invite les municipalités à préparer leurs agents aux concours d’éducateur.


Avec les ingrédients bénéfiques au succès des champions, les services des sports se révèlent 100% gagnants !


Anne-Laure Lemancel, pour La Gazette des Communes


Les mots clés :

- Sport pour tous et service à l’usager : l’ambition partagée par les directeurs des services sportifs.

-Une orchestration « sportive » : réactivité, challenge, esprit d’équipe…

- Les Opérateurs Territoriaux des Activités Physiques et Sportives (OTAPS, catégorie C), les Educateurs… (ETAPS, catégorie B), et les Conseillers des APS (catégorie A) constituent les trois professions de la filière sportive.

-Une réflexion entamée sur les déroulements de carrière des Maîtres Nageurs Sauveteurs (MNS)

 

Sous-Papier

Souffrance des maîtres nageurs : des solutions ébauchées.

« Maître Nageur Sauveteur (MNS) ? Une belle profession lorsque l’on a moins de 30 ans, et des tablettes de chocolat ! », ironise amèrement Frédéric Gil, directeur du service des sports à Bordeaux (33). Une blague qui dissimule à peine une triste réalité. Indispensables (leurs interventions sauvent des vies !), ils constituent le plus gros contingent des ETAPS. Pourtant, ces agents de catégorie B exercent un métier peu valorisant, dont l’essentiel de la mission se résume à un rôle de surveillance… Ajoutez à cela les conditions de travail peu sexy l’été, lorsqu’ils sont confrontés à un public difficile, ou encore l’enfermement quotidien à l’intérieur d’une piscine. « Nous avons retourné le problème dans tous les sens, mais n’avons pas trouvé de solution optimale », déplore Roland Billot à Besançon. Un sentiment unanime, qui soulève quand même des bribes de réponse : accompagnement de projets individuels de reclassement, exercice d’activités « terrestres » durant les vacances scolaires…La ville de Bordeaux apporte, quant à elle, des compensations : les MNS passent seulement 27h00 au bord du bassin, et 8h00 en formations pédagogiques (dont ils sont dispensés avec l’ancienneté) et bénéficient de 30 jours de congés supplémentaires par ans. A Toulouse, Martine Tignol propose de « casser la lassitude par la proposition de projets et la valorisation d’une dimension pédagogique », avec par exemple des formations à l’aquagym et à l’aquaphobie…Partout en France, les directeurs des services sportifs s’attèlent donc à redorer le blason des MNS. 

Exergue : « Les MNS, agents de catégorie B, exercent un métier peu valorisant dont l’essentiel de la mission se résume à un rôle de surveillance ».


Encadré Texte :

 Une catégorie C quasi inexistante.

Selon plusieurs directeurs des services, la catégorie C ne serait pas assez exploitée au sein de la filière sportive. Ainsi, les OTAPS, reconnus dans le privé, ne reçoivent pas l’agrément de l’Education Nationale pour encadrer des groupes d’enfants. « Les formations dans la filière n’ont pas su évoluer avec la nécessité du terrain, il y a un décalage », explique ainsi Laurence Carré, responsable de l’administration générale aux sports à la mairie de Tours (37). « Les collectivités mobilisent des éducateurs spécialisés là où de simples opérateurs suffiraient. Tous les métiers de l’animation sportive ne sont pas assez reconnus ». Un avis partagé par Eric Bouquin à Nantes (44) qui réclame « l’évolution d’un système aujourd’hui rigide, pour créer des grades en adéquation avec les compétences réelles ». Dans l’attente d’une réforme,  les collectivités incitent leurs OTAPS à passer le concours de catégorie B, et proposent des préparations actives (cours, formation)…

 

Témoignage :

Frédéric Gil, directeur du service des sports à la mairie de Bordeaux

« A flux tendu »

« Le service à l’usager reste au cœur de nos priorités : gymnases, piscines et terrains doivent rester ouverts et bien entretenus. Pourtant, un schéma de plus en plus performant et une exigence accrue se heurtent à la réduction des moyens. Nous sommes à l’heure actuelle, à flux tendu. Le moindre agent malade nous met en difficulté. De même, nous nous heurtons l’été à la concurrence de l’Atlantique et du bassin d’Arcachon pour recruter des maîtres nageurs. La réactivité imposées par nos services est mise à mal par ces déficiences. Il y avait, à l’époque, une plus grande souplesse. A ces lacunes, nous devons trouver des solutions ingénieuses. »


Légende photo :

Directeur du service des sports à la mairie de Brive, auteur et co-auteur de dix ouvrages sur l’économie du sport, chercheur et enseignant au Cendre de Droit et D’Economie du Sport (Université de Limoges), Jean-François Bourg anime son service avec passion, aiguillonné par l’amour du sport et le respect du service public. Entre pratique au quotidien et rayonnement du club de rugby, championnats du monde (aviron, pelote basque…) et construction d’un nouveau dojo, cet utopiste du sport et son équipe ne poursuivent qu’un seul objectif pour leur ville: le « mieux vivre ».


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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