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Le blog de Anne-Laure L.

Le blog de Anne-Laure L.

Ce blog est un récapitulatif non exhaustif de mes articles en tant que journaliste sur des sujets aussi variés que la musique, la société, l'actu... Bonne lecture!


SOPHIA CHARAÏ : nomadisme et haute-couture

Publié par Anne-Laure L. sur 5 Janvier 2011, 16:16pm

Catégories : #jazz

 Avec Pichu, son premier album studio, la Marocaine Sophia Charaï, compagne du compositeur et multi-instrumentiste Mathias Duplessy, lève le voile sur un univers nomade et coloré. Son chant en arabe s’accommode ainsi d’accents espagnols ou de sonorités indiennes... Au milieu d’étoffes colorées et chatoyantes, décors de son futur clip, la pétulante chanteuse remue ses souvenirs d’enfance et son itinéraire : un amour des voyages et de la vie.

 

 

 


Vous rappelez-vous vos premiers souvenirs musicaux, lors de votre enfance à Casablanca ?/ J’écoutais énormément de jazz : Duke Ellington, Stan Getz, John Coltrane... Mais surtout, j’étais profondément marquée par les voix noires, telles Aretha Franklin, Nina Simone, Donna Summer... Je crois que mon surnom, « la voix noire du Maroc », donné à mes débuts par le quotidien Libération, vient de cet amour-là. Et puis j’aimais la variété de l’époque – Boney M, Cloclo – ces trucs très seventies, pleins de joie et de bons grooves !


Vos premiers pas musicaux s’effectuent dans votre école d’architecture, à Paris.../ Petite, j’ai appris le piano classique mais pour moi, ce n’était pas une formation adéquate. J’aurais souhaité débuter par l’étude du rythme, qui préside à toute musique... Je ne m’imaginais pas devenir artiste, alors j’ai suivi les pas de mon père, architecte. Puis le hasard à frappé. A la tête de l’établissement parisien, le directeur féru de musique nous faisait faire, chaque année, des spectacles entre opérette et comédie musicale. J’ai commencé à chanter sur les planches, puis à me produire au sein de groupes de jazz de l’école...


Vous confiez : « au début, je pleurais dès que je chantais ». Une émotion intense vous submergeait ?/ Oui, et je n’arrivais pas à la domestiquer... Le chant me mettait complètement à poil : tout à coup, un truc sortait, qui me dépassait complètement et disait tout de moi. J’ai mis du temps à la maîtriser. Les premières fois que son spectre a surgi, j’étais effrayée : je la pensais petite, elle était puissante. J’ai appris à la connaître au fil des leçons, des rencontres, je l’ai façonnée... La voix, c’est un cheminement, une évolution. On la choisit. Au fil de mes amours, j’ai orienté mon timbre arabe vers des chansons espagnoles, des boléros, des esthétiques cubaines, indiennes, brésiliennes, toutes ces routes...


Percevez-vous des points communs entre la musique, l’architecture et le stylisme, l’une de vos autres passions ?/ Tout, pour moi, les rassemble. L’architecture comme le stylisme consistent en une construction de plans successifs, qui s’imbriquent et finissent par créer une œuvre en relief, plus ou moins dentelée, rugueuse, contrastée ou harmonieuse... Comme la musique ! Et avant même de s’imposer en terme de « formes », la couture reste une vibration de couleurs. Ce sont ces rapports qui m’intéressent : entre un imprimé, un uni, un relief... Pareil dans la musique. J’aime jouer sur la rencontre et la hiérarchie des matières sonores, l’opposition d’une sonorité un peu cradingue, avec un chant super ciselé ! C’est exactement la même cuisine...


Après avoir officié dans des clubs de jazz, vous avez rencontré votre collègue musical et compagnon de vie Mathias Duplessy...Votre collaboration a-t-elle initié cette musique nomade, au sens propre comme au figuré ?/Tout à fait ! Quand j’ai commencé à chanter avec Mathias en arabe, nous nous sommes tout de suite orientés vers une esthétique à la Paris Combo, assez jazz. Puis nous avons pris ce virage vers cet « ailleurs », notre somme d’influences. Enfin, il y a eu nos vrais voyages, notamment en Espagne. A Grenade, au milieu des gitans, j’ai été fascinée par le caractère sacré de leur musique. Dès les premières notes, les gens se taisent, écoutent ou participent. Il y a un rapport aficionado – amoureux – au chant, à la danse, à la guitare, sans jugement. La musique cimente la vie sociale, les fêtes... La population fait corps avec elle : une sensation que j’ai également éprouvée en Croatie ou en Inde... Dans ces cultures, la musique relève du cœur.


Les chansons de votre premier album studio Pichu ont donc été construites sur ces itinérances ?/ Chaque chanson part d’abord d’un rythme : la mélodie émane d’un vœu de pulsation – un boléro, un tango – autour duquel se construit l’édifice, touche à touche. Il y avait aussi une envie visuelle : chaque titre s’élabore comme un petit scénario, une ambiance de films. Ce sont des histoires, des personnages qui parlent de moi. J’y raconte ma grand-mère, la mort, des anecdotes... C’est assez gitan : quelque fois très noir, mais toujours plein d’énergie !


Acceptez-vous ce titre de « Catherine Ringer du Maghreb » ?/ Je le revendique, même ! J’aime son côté sophistiqué, déjanté, son caractère fou, très glamour, sa beauté, son élégance... C’est une sorte d’égérie pour moi, en termes de voix, d’énergie et de générosité... J’adore enfin sa façon de transcender le désespoir, pour chanter une admirable ode à la vie !


Anne-Laure Lemancel

Sophia Charaï Pichu Universal

 

(Pour RFI Musique, 5 janvier 2011)

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