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Le blog de Anne-Laure L.

Le blog de Anne-Laure L.

Ce blog est un récapitulatif non exhaustif de mes articles en tant que journaliste sur des sujets aussi variés que la musique, la société, l'actu... Bonne lecture!


Tiken Jah Fakoly : la Révolution Positive

Publié par Anne-Laure L. sur 1 Octobre 2010, 14:03pm

Catégories : #musiques des mondes

  Comme l’indique le titre de son dernier album, African Revolution, l’un des grands prêtres du reggae africain incite au bouleversement de la société africaine. Non par les armes, mais par l’éducation et l’union. Un message porteur d’espoir qu’il décline en chansons sur chaloupes reggae, teintées de couleurs mandingues.

 


http://toukimontreal.com/actualites/wp-content/uploads/2010/10/tiken-jah-fakoly_african-revolution.jpgAvec ce nouvel opus, vous incitez à une « révolution » en Afrique ?/ Oui, mais je préconise une révolution « positive » ! Les révolutions type 1789, qui ont détruit le pouvoir en place par les armes, ont abouti à des avancées majeures, mais en Afrique, nous ne saurions supporter d’autres combats : nous avons été tellement massacrés, qu’il serait terrible d’utiliser une nouvelle fois la violence, de nous entre-déchirer à nouveau. Il nous faut plutôt faire front contre ces dirigeants, qui ne redistribuent pas les richesses du pays à tous leurs enfants, leur prouver que nous sommes une société réveillée ! Et puis, je souhaite que s’arrêtent cette passivité, ce fatalisme, qui fait qu’à l’aéroport d’Abidjan, les jeunes gens réduits à la mendicité se multiplient. Voici, par exemple, le thème que j’aborde dans Vieux Père. Je ne m’adresse pas à une jeunesse qui a la « main tendue ». Ca n’arrange pas l’Afrique. Car qui a la main tendue, se retrouve à la solde des puissants : les hommes politiques, les industriels, l’occident...

 

Par quoi pourrait notamment passer cette « révolution positive » ?/ Par l’éducation, par la construction du sens critique, par la création/organisation de la société civile, par les syndicats... Je trouve impératif que tous les enfants aillent à l’école en Afrique ! Surtout, malgré les divisions ethniques – un beau piège tendu par le gouvernement ! – il faut que, tous ensemble, nous cherchions des solutions aux problèmes communs qui nous terrassent. Un exemple : en France, il existe des régions aux identités fortes, mais lorsqu’on touche à la santé, au salaire, à l’éducation, ou à toute autre question d’intérêt général, les citoyens s’unissent, de la Bretagne à la Corse ! Il manque cette cohésion élémentaire en Afrique !

 

Pourquoi la société africaine est-elle aussi divisée selon vous ?/ Après 400 ans d’esclavage, nous avons subi plusieurs décennies de colonisation, avant d’obtenir nos indépendances, il y a seulement 50 ans. Nous sommes encore jeunes, et nous nous réveillons difficilement. Notre premier malheur, je le répète, demeure cette désunion, entretenue par les politiques : diviser pour mieux régner !

 

Le pouvoir reste donc aux mains d’un petit nombre, qui plus est asservi à l’ex-puissance coloniale ?/ Bien sûr ! On nous a seulement donné la photocopie de l’indépendance ! Nul ne peut être président en Afrique, s’il n’a pas de connexions proches avec les anciens colons ! Et puis, il y a les entreprises occidentales qui utilisent nos forces vives, qui bradent nos richesses, qui se barrent avec ! Enfin, il y a la télé qui fait croire aux Africains que tout ce qu’il y a en Europe, c’est fabuleux ! Au sommet, rien n’est mis en place pour qu’on puisse s’intéresser à notre propre culture. On risque de l’anéantir...

 

 

 

 

Dans ce combat, comment votre voix peut-elle résonner ?/ Aujourd’hui, ma voix sonne fort sur tout le continent, jusqu’en Afrique du Sud. Mais comme je l’explique dans Je dis non, ce n’est pas suffisant : si beaucoup affirment comprendre mon message, il faut maintenant qu’ils agissent ! Si, d’ici la fin de ma carrière, je n’arrive pas à changer les mentalités, je pense que j’aurais tout de même planté une petite graine. Mais les innombrables africains qui souhaitent que les choses changent seront les seuls acteurs de cette évolution. Je suis juste ce haut-parleur qui dit : « Réveillez-vous, assumez vos responsabilités ! »

 

Pour allier les actes à vos discours, vous avez également lancé l’opération « un concert, une école ». De quoi s’agit-il ?/ Le contrat avec ma maison de disque stipule qu’un concert par tournée sert au financement d’une école. Ainsi, j’ai déjà participé à la construction d’une école près de Tombouctou, au Mali, en collaboration avec la région Rhône-Alpes, et j’ai chanté, à Annemasse, pour un établissement primaire au Burkina Faso. Voici ma contribution.

Anne-Laure Lemancel

 

Tiken Jah Fakoly African Revolution (Universal Music)

 


Avec ce dixième album, enregistré entre Kingston et Bamako, Tiken Jah Fakoly mêle reggae et blues mandingue pour délivrer son message au plus large : celui d’une Révolution Positive !

Pour son dixième album et ses quinze ans de carrière, Tiken Jah Fakoly frappe fort. Sur des basses grondantes, il balance dreads, brûlots et pavés à la tête des dirigeants africains et d’une société civile aussi endormie que désunie. Pour autant, son message ne saurait être agressif : sur une tonalité optimiste, il incite à une révolution positive, qui passerait par l’éducation, et l’éveil de son peuple. Mais ce chantre du reggae ivoirien frappe encore plus fort : dans une volonté panafricaine de ratisser un large public, doublée d’un désir farouche d’en découdre avec la routine, ce guerrier des temps modernes, élargit ses riddims reggae au blues mandingue, à l’héritage des griots... Enregistré entre Kingston, aux mythiques studios Tuff Gong, et Bamako où il réside depuis cinq ans, l’album African Revolution, admirablement produit par Jonathan Quarmby et Kevin Bacon (Finley Quaye),  mêle les rythmiques jamaïcaines aux accents nostalgiques de la kora, du balafon, du ngoni, comme aux mélopées du soukou (violon à une corde). Un métissage réussi qui s’appuie notamment sur la guitare folk de Thomas Naïm, déjà remarqué aux côtes d’Hindi Zahra. Enfin, pour résonner de par le vaste monde, Tiken Jah a multiplié les collaborations : avec Magyd Cherfi, son vieux complice, sur les titres Il faut se lever et Sors de ma télé, avec Jeanne Cherhal qui signe les paroles de Je ne veux pas ton pouvoir, et Féfé, auteur des texte et musique de Je dis non, alors que sur Political War, s’élance la voix gracieuse de la Nigériane Asa... Haut-parleur, « voix des sans voix », Tiken Jah relativise pourtant son influence et la portée de son manifeste : « Ceci n’est qu’une chanson, ça ne changera pas nos vie, mais je chante pour ne pas accepter. Je dis non, en chanson ».

 

Anne-Laure Lemancel

 

Pour RFI Musique,le 1er octobre 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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