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Le blog de Anne-Laure L.

Le blog de Anne-Laure L.

Ce blog est un récapitulatif non exhaustif de mes articles en tant que journaliste sur des sujets aussi variés que la musique, la société, l'actu... Bonne lecture!


Tout Puissant Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou : le feu des papys du funk

Publié par Anne-Laure L. sur 5 Avril 2011, 13:23pm

Catégories : #musiques des mondes

 Plus de 40 ans après ses débuts, le Tout Puissant Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou, fleuron musical des nuits chaudes du Bénin dans les années 1970, renaît aujourd’hui de ses cendres grâce à l’énergie d’une jeune journaliste. Une tournée internationale – leur première sortie hors d’Afrique – et un disque au groove imparable, Cotonou Club, saluent leur grand retour. Au menu : une potion électrisante de funk, soul, afro-beat, relevée d’un zest de salsa. Triomphal !


arton55541.jpgIl était une fois... dans les 70’s, au Bénin, un orchestre  flamboyant qui, sur cette petite langue de terre chargée d’esprits, électrisait le pays de sonorités funk, soul, afrobeat, salsa, sous influences vaudou. Parce qu’il faisait feu de toute musique, le groupe mixait l’Occident, tant James Brown que Johnny Hallyday, Dalida que Nana Mouscouri, dans le rouleau compresseur de leur groove « tout puissant ». Cette ingestion parfaite des rythmes du globe imposa leur nom : Poly-Rythmo ! Avec ses 11 membres, le Tout Puissant Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou symbolisa à lui seul l’histoire du pays. Né avec l’enthousiasme de l’Indépendance, il fut assimilé à un Orchestre Révolutionnaire durant le régime communiste de Mathieu Kérékou. Il chantait la vie quotidienne, l’amour, les mauvais sorts... Dans toute l’Afrique, leur potion musicale résonnait, se frottait aux armes sensibles de Miriam Makeba, Fela Kuti, Manu Dibango, galvanisait les nuits chaudes de Cotonou. Et pourtant... Bien des années plus tard, si l’on connaît à la perfection des formations telles Bembeya Jazz (Guinée) ou Orchestra Baobab (Sénégal), Poly-Rythmo semble injustement avoir sombré dans l’oubli. Une poignée de rééditions (Soundway, Analog Africa...) dans les années 2000 rappellent, seules, leur épopée, au gré d’un échantillon trop frugal de leurs quelques 500 chansons... L’orchestre aurait-il définitivement disparu ? Comme tout conte de fée, l’histoire nécessite une fin heureuse !

 

"Tu seras notre imprésario"


Paris, 2007 – dans les rayons dodus de la discothèque de Radio France, Elodie Maillot, journaliste et productrice, pioche au hasard un vinyle : l’une de ces fameuses rééditions ! Avec ce groove chevillé au corps, elle part au Bénin. Dans ses bagages, une unique obsession : retrouver la trace de l’orchestre mythique ! Mais dans les rues de Cotonou, les cabarets se comptent désormais sur les doigts d’une main et accueillent le live avec parcimonie. Si le nom mythique du Poly-Rythmo reste gravé dans chaque mémoire, en revanche, pas l’ombre d’une seule corde de guitare ne permet de remonter le fil ! Ultime tentative : la fête de l’Indépendance, à quelques kilomètres de Cotonou, à Abomey. Après quelques heures de fanfares militaires, victoire ! L’orchestre monte sur scène ! Parmi la formation d’origine, trois sont morts. Les autres ont repris une vie civile, mais ces vieux amis sexagénaires se retrouvent pour jouer lors de commémorations... Rendez-vous pris le lendemain pour une interview : « Une succession d’embûches a failli faire tomber l’événement à l’eau. Mais j’ai à nouveau retrouvé leur trace, et lorsque je suis arrivée, les membres avaient oublié l’interview, l’un d’eux était carrément en slip », rigole Elodie. Rien, pourtant, ne résiste à une journaliste tenace, et lorsqu’ils parlent de monnayer l’interview, elle refuse catégoriquement. Qu’à cela ne tienne : « Tu seras donc notre imprésario, et tu nous emmèneras en tournée hors d’Afrique ! » Aujourd’hui encore, Elodie se demande ce qui l’a follement poussée à  promettre de relever le défi ! Fin du premier round...

 

 

 

Les Franz Ferdinand en sont fans!

 

Et le destin s’en mêle ! Deux ans plus tard, à l’issue d’un article dans Vibrations, la Villette s’engage à faire jouer l’Orchestre. Avant le monde, la formation doit pourtant se rôder chez elle, au Bénin. Le premier concert a lieu à Ouidah, haut lieu de l’esclavage, l’équivalent de Gorée, au Sénégal. Malgré des conditions techniques et climatiques désastreuses, l’Orchestre regarde le large. Bingo ! Les tournées successives les mèneront partout : de nombreux pays Africains à l’Europe entière, du Brésil au Canada et, au passage, une date française avec les Ecossais de Franz Ferdinand, leurs premiers fans ! Partout, ils embrasent les foules. « Si l’adrénaline d’un concert à New York ou l’émotion du Brésil te rechargent... l’aventure ne s’est pas faite sans galère », raconte Elodie. Difficultés de passeports, d’instruments, de visas... avec, en prime, ce statut facebook, en forme de bilan, de la jeune femme, entre farce et drame : « C’était un peu risqué de promouvoir le Poly-rythmo à travers le monde... En Afrique, on a essuyé un coup d’Etat, une crevaison de pneu sur l’Ile de la Réunion, l’incendie d’un train à Montpellier, la crise de la Malaria, le volcan islandais... et finalement un tremblement de terre, un tsunami, et une menace nucléaire... » (Elodie était seule au Japon, ndlr). Mais à chaque fois, le vaudou suscite d’heureux dénouements.

 

Rêve d'un club à Cotonou!

 

A chaque date, pourtant, manquait le sésame : un disque ! Pour son groupe, Elodie organise donc deux semaines de résidences dans le Loiret. Au milieu des champs, l’Orchestre déguste du vin, découvre la combinaison  Nutella/fromage blanc/vieille prune au petit déjeuner, et prépare le disque du retour : reprises retravaillées, nouvelles compos, sous l’aura du funk. Au fil de plusieurs sessions, le groupe enregistre dans un studio analogique à Paris, pour garder l’esprit vintage conjugué à un son parfait. Et le voici, ce bel objet : un disque puissant, anobli des featurings de Fatoumata Diawara, Angélique Kidjo et Franz Ferdinand, doté d’un somptueux habillage sonore, un disque à faire chalouper des hanches all night long, un album qui s’écoute très très fort ! Pour l’occasion, Elodie a même fondé un label : Sons d’Ailleurs. Quant au nom de l’album, Cotonou Club, il convoque un rêve partagé : « A terme, le but serait de monter un club à Cotonou », explique la journaliste. « Il permettrait de jouer à la maison, de former des jeunes, mais aussi d’honorer les disparus, tous ces Béninois qui ont forgé des musiques magnifiques. C’est ça, le développement durable : garder dans le pays des trésors – affiches, disques, pochettes – trop souvent pillés par des collectionneurs occidentaux... » L’aventure continue !


Anne-Laure Lemancel

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