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Le blog de Anne-Laure L.

Le blog de Anne-Laure L.

Ce blog est un récapitulatif non exhaustif de mes articles en tant que journaliste sur des sujets aussi variés que la musique, la société, l'actu... Bonne lecture!


Vincent Segal et Ballaké Sissoko: Frères

Publié par Anne-Laure L. sur 10 Novembre 2009, 00:00am

Catégories : #musiques des mondes

Avec le sublime Chamber Music, petit bijou d’intimité et de charmes murmurés, le violoncelliste français Vincent Segal et le koriste malien Ballaké Sissoko révèlent une osmose qui transcende l’art du duo.



Ils sont nés le même mois de la même année, il y a 42 ans, sous des cieux différents. L’un est grand, noir, malien. L’autre plus petit, blanc, français. Tous deux révèlent pourtant la même élégance, classe revendiquée et pudeur manifeste, lovées dans les méandres de leurs discours. Une gémellité étonnante qui germe en 2005, lors d’un concert de Bumcello. Dans le public, Ballaké Sissoko, virtuose de la kora, imagine une rencontre avec le violoncelliste prodige, Vincent Segal. Ce soir-là, l’échange de numéros initie une amitié rare, cordes et âmes entremêlées. Depuis, dès que Ballaké passe sur Paris, il court chez Cello, dans le Marais. Ces deux inlassables parlent peu, mais jouent jusqu’au lever du soleil, palabrent en musique à l’infini, élaborent un dialogue fusionnel, architecture fine, bâtie sur le partage d’une vision et d’une sensation commune. « Un seul coup d’œil éveille ce feeling », explique Ballaké. « Il y a ce côté cœur ».  Une alchimie qui s’explique par le croisement, à point nommé, de deux trajectoires singulières.


Parcours
A 18 ans, Vincent balbutie ses premières notes mandingues aux côtés de son voisin Cheick Tidiane Seck et dans l’antre de restaurants, où se croisent, dans les années 1980, les grands noms de l’Afrique à Paris (Salif Keita, Mamadou Konté…). Un vocabulaire précieux qu’il saura développer au fil des années. Ballaké, de son côté, multiple les rencontres, notamment avec le pianiste Ludovic Einaudi, le bluesman Taj Mahal ou encore Toumani Diabaté. Des collaborations dont il n’est pas l’initiateur, mais qui suscitent l’envie de créer son propre duo. Puis s’élèvent les points communs, ceux de deux hérauts de cordes douces, souvent relégués au rang d’accompagnateurs à l’écoute prodigue. Avec, dans les doigts, le même nombre d’années de pratique, une virtuosité et une aisance qui surpassent les difficultés pour subjuguer le langage. La complicité se devine aussi dans la similitude de leurs modes de vie, éprouvée lors d’une tournée au Gabon. Cet amour partagé de la nuit, par exemple. Pas la nuit festive et flamboyante, non. Plutôt la protectrice, qui préserve de l’agressivité sociale, et du diktat du temps. Des nuits devant soi pour jouer et rêver.


Nuits maliennes
Sous la chape de nuits malienne sans lumière, dans le cocon du studio Moffou de Salif Keita à Bamako, Vincent et Ballaké ont donc pris pour prétexte un concert dans la capitale pour enregistrer leur « musique de chambre ». 22h-4h00 du matin, entrecoupés de coupures d’électricité : les deux se plongent dans l’aventure d’une longue méditation, simple, zen, lumineuse, forgée de bribes de thèmes accumulés, avec la finitude sans limite de deux instruments qui se suffisent à eux-mêmes. « C’est mon album le plus apaisé», souffle Vincent, qui pense ce disque comme une musique jouée « dans une chambre », pour un(e) bel(le) endormi(e) à la lueur des notes. « Je le pensais comme une respiration dans le flux de nos rencontres. On souhaitait se retrouver, simples. Jouer sans envie de révolution. Tranquilles ». Le plaisir au cœur, la musique intimiste de Vincent et Ballaké accueille, à pas de velours, la subtilité des amis invités – balafon, ngoni, karignan… – comme la voix de la chanteuse Awa Sangho en hommage au chanteur malien Kader Barry. La journée sous la torpeur, Ballaké s’occupe de sa très nombreuse famille, une trentaine de personnes, quand Vincent, à l’ombre d’un arbre, lance des paris avec les enfants.


Just Do It
Ce qu’ils « retirent de cette expérience » ? La formule semble bien trop « rentable » aux deux protagonistes, à l’instant suspendus. Heureux, le Malien solitaire  grimpe dans sa voiture. Et disque sur play, il roule, l’écoute en boucle. « Just Do It », remarque Vincent. « C’est tout, on l’a fait ». Sans préméditation ni faux-semblants. Sans volonté de forcer l’artifice d’une fusion. « Comme dans un couple, pour avoir une vie, il faut créer quelque chose : un foyer, un désordre… Avec une attente réelle des deux parties, et non un besoin d’événement. Surtout, il ne faut pas chercher chez l’autre ce qu’il nous manque, ou ce qu’on admire. » Et loin de cette « tellurie des contraires » qu’il forme avec Cyril (Bumcello, ndlr), Vincent évoque, au sujet de Ballaké, cette proximité d’ « âme sœur ».

L’histoire d’amitié se révèle d’ailleurs si forte, qu’elle s’est transmise à la seconde génération. Quand les papas jouent, Mamadou, footballeur au PSG et Marin au PFC, leurs fils respectifs, tapent le ballon…Une relève complice, qui assure sur un autre terrain.

 

Anne-Laure Lemancel (Pour Mondomix, novembre-décembre 2009)

Vincent Segal/Ballaké Sissoko Chamber Music No Format

En concert le 16 Novembre au Théâtre de l’Atelier à Paris

http://ballake_sissoko.mondomix.com/fr/artiste.htm

 


 




 

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